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UN PEU D'HISTOIRE
POUR SITUER LE CONTEXTE DES DOCUMENTS
Le
14 juin 1830, les troupes françaises débarquent près d'Alger en vue
d'une petite expédition punitive destinée à restaurer le prestige du
gouvernement.La ville et le territoire de l'Algérie actuelle sont alors
sous la suzeraineté théorique du sultan d'Istamboul depuis trois
siècles sous le nom de ''Régence d'Alger'' . Dans les faits,
l'intérieur du pays est livré à l'abandon, insoumis et réticent à
l'islamisation. Le territoire compte environ trois millions d'habitants
(contre 36 millions pour la France de la même époque). La conquête française, si lourde de conséquences pour la France comme pour l'Algérie, résulte d'un imbroglio dérisoire. En 1798, le gouvernement du Directoire achète du blé à laRégence
d'Alger pour les besoins de l'expédition du général Bonaparte en
Égypte. Le blé est financé par un emprunt de la France auprès de
familles juives d'Alger. Celles-ci demandent une garantie du dey qui
gouverne la ville. En 1827, le dey d'Alger, Hussein, frappe «du manche de son chasse-mouches» le consul de France Deval (Alexandre Constantin Deval 1796-1839), un affairiste qui refuse non sans insolence de s'engager sur le remboursement du prêt. Le
président du ministère français, Villèle, demande réparation au dey
pour l'offense faite à son consul mais n'obtient aucun semblant
d'excuse. Prise d'Alger : Les troupes françaises débarquent sur
la plage de Sidi Ferruch, à 25 km d'Alger. Pendant ce temps, la flotte
bombarde les défenses de la ville, en particulier la citadelle de
Fort-l'Empereur, ainsi nommée en souvenir de Charles Quint ! Le dey
capitule enfin le 5 juillet, après plusieurs jours de difficiles
combats contre les troupes turques qui feront 415 tués et 2160 blessés
dans le corps expéditionnaire. 48 millions de francs prélevés dans
son trésor permettent de couvrir les frais de l'expédition. Les soldats
français se livrent quant à eux à une mise à sac de la ville qui ternit
leur victoire. ********************************************************************************************************** L’affaire d’Alger et la chute de la Monarchie.
L’affaire d’Alger
Voyons
comment se pose cette affaire algérienne au point de vue diplomatique.
Au moment où Polignac a pris le pouvoir, l’affaire est engagée depuis
longtemps puisque l’insulte dont nous cherchons la réparation faite au
consul de France Deval est du 29 avril 1827. on a cherché d’abord
plusieurs solutions : le ministre de la Marine, Clermont-Tonnerre,
avait alors proposé une expédition, mais elle avait été écartée par
Villèle au mois d’octobre 1827, de même qu’avait été écarté par
Martignac un projet de conquête et de pénétration pacifique qui était
mis sur pied par un négociant de Marseille, Roux. On s’était borné
alors à faire le blocus d’Alger, que le Roi, dans son discours du trône
de février 1828, avait déclaré qu’il serait poursuivi jusqu’à
satisfaction. En réalité, ce blocus se montrait inefficace et le Dey
d’Alger n’avait pas cédé. On avait envoyé au début d’août 1829 une
mission d’un diplomate officier de marine accompagné par un bateau de
guerre, « la Provence », mais au moment où ce diplomate, La
Bretonnière, quittait Alger, son bateau avait reçu des coups de canon
des forts d’Alger, ce qui avait encore, par conséquent, accentué la
tension des deux gouvernements. Il était donc nécessaire d’en sortir.
L’idée de Polignac était toujours de chercher un succès extérieur qui
consoliderait sa situation intérieure. La Russie l’encourageait à agir
: le Tsar disait à Mortemart que la France devrait faire cesser ces
brigandages des pirates et de façon définitive, que la Russie
appuierait toutes les tentatives de la France et le Tsar ajoutait : « En
tout cas, quelle que soit la décision du Roi à cet égard, je l’approuve
; vous pouvez être sûr que le l’appuierai de toute mon influence » (8 octobre 1828).
Ainsi,
la France est assurée de la complaisance de la Russie ; la Russie ne
demande pas mieux que de favoriser l’influence française en
Méditerranée, car ce sera toujours forcément une influence qui
travaillera contre l’Angleterre. A l’origine, l’affaire d’Alger
n’apparaît que comme une annexe à la politique arabe
et méditerranéenne de la France et elle se développe comme un épisode
de l’intimité de la France avec l'Égypte. Cette intimité allait en
effet grandissant ; le nouveau consul qui remplaçait Drovetti à
Alexandrie, Mimaut, recevait de Méhémet-Ali les assurances les plus
formelles, en juillet 1829, que la politique du Pacha se concerterait
en toutes les questions avec la politique de la France. Méhémet-Ali
avait ds ambitions ; elles avaient été déçues en Grèce puisque la Morée
avait été perdue pour les Turcs alors que le gouvernement de la Morée
devait constituer la récompense d’Ibrahim. Les ambitions de Méhémet-Ali
ne sont pas encore orientées vers la Syrie, comme elles le seront dans
les années suivantes ; c’est du côté de l’Ouest, de concert avec la
France, qu’il songe à développer son influence, et il propose au
gouvernement français, au mois de septembre 1829, de se charger
lui-même de l’affaire algérienne ; il fait valoir la connaissance qu’il
a du pays, les rapports qu’il en reçoit ; il fait valoir d’autre part
qu’une entreprise faite par la France serait très difficile, qu’elle ne
réussirait, et encore parce que ce seraient des Français, qu’avec 40
000 hommes de troupe, tandis que lui-même avec sa position en Afrique,
les moyens de réussir que lui assurerait la communauté de religion, il
pourrait régler la question à meilleurs frais. Il propose donc à la
France de mettre fin à l’affaire d’Alger et Charles X et Polignac
adoptent cette idée. Mais pour que Méhémet-Ali puisse faire
l’expédition, il faut qu’il en ait l’autorisation du Sultan, puisqu’il
n’est qu’un Pacha du Sultan : le gouvernement français est ainsi amené
à négocier à Constantinople pour obtenir le firman qui autorisera
Méhémet-Ali à diriger une expédition sur Alger et des instructions sont
envoyées dans ce sens, au mois d’octobre 1829, à Guilleminot : on lui
explique que la combinaison serait avantageuse parce que, ainsi on ne
compromettrait pas l’honneur de nos armes contre un ennemi qui n’est
pas digne de nous. Seulement la Porte fait des difficultés à cette
combinaison. L’Angleterre, naturellement, agit sur la Porte pour
l’amener à refuser l’autorisation au Pacha. Au conseil des ministres
français, lorsque Polignac présente la question, le ministre de la
Guerre et le ministre de la Marine en particulier s’élèvent contre une
pareille combinaison, mais Polignac n’en tient aucun compte et, au
Conseil du 19 novembre, le Roi, sans écouter les objections des autres
ministres, signe le projet de traité de Polignac avec Méhémet-Ali.
Méhémet-Ali se déclare prêt à agir, même sans
autorisation du Sultan. Il mettra dans l’affaire 40 000 hommes,
seulement, il demande qu’on lui avance vingt millions, qui seront
remboursés dans les quatre ans et qu’on lui accorde quatre vaisseaux de
ligne, armés de quatre-vingt canons ; il semble que Méhémet-Ali, comme
le consul le soupçonne, ait eu l’idée de se constituer ainsi une bonne
flotte en Méditerranée. Le projet est annoncé aux ambassadeurs, d’abord
officieusement, puis officiellement, au mois de janvier. L’objet est
défini par Polignac : il s’agit de garantir de la manière la pus
solennelle la conversation des privilèges dont les nations européennes
jouissaient sur les côtes d’Afrique, tout en établissant de concert
avec la France, le principe que, sauf les droits antérieurs acquis et
existants, « toutes les nations y seront traitées sur le même pied de la plus parfaite égalité ».
Ainsi la combinaison de Polignac est de rouvrir la côte d’Afrique du
Nord au commerce libre de toute l’Europe et non pas d’y chercher un privilège
particulier pour la France. Le projet de Polignac et de Méhémet-Ali
souleva en France une telle opposition et une telle ironie dans tous
les journaux et les exigences de Méhémet-Ali étaient telles que,
finalement, le projet fut abandonné. C’est, en effet, le 31 janvier que
la France se décida à faire elle-même l’expédition, au lieu de la
confier au Pacha d'Égypte, et, dans les premiers jours de février, on
commence les études pour l’expédition : le 7 février, des instructions
sont envoyées pour préparer l’expédition. Mais quel est l’objet
envisagé pour cette expédition ? Polignac n’envisage pas un intérêt
français exclusif, encore moins l’idée d’une conquête française et d’un
établissement de la France sur la côte d’Alger : il offre à
l’Angleterre de participer à l’expédition par des contingents
britanniques. Dans une circulaire du 12 mars aux ambassadeurs, il dit :
« Notre
but est un but d’humanité ; nous poursuivons, outre la vengeance de nos
propres injures, l’abolition de l’esclavage des chrétiens, la
destruction de la piraterie, la suppression des humiliants tributs que
les États européens payent à la Régence »
et, par la suite, la France se concertera, dit-il, avec ses alliés pur
le règlement du nouvel ordre des choses à établir à la place de la
Régence.
Quand
les préparatifs sont déjà fort avancés, une nouvelle circulaire, le 7
avril, indique l’importance de cette expédition – 35 000 hommes – donne
le nom des chefs qui sont désignés, le général de Bourmont, qui
commandera l’expédition, donne l’importance des bateaux et déclare que
tous les préparatifs seront terminés dans un mois, que les Français
sont unanimes sur l’objet de l’expédition, que la politique royale est
parfaitement désintéressée : elle l’a prouvé depuis quinze ans, elle
est intervenue en Espagne pour arracher l’Espagne aux désordres de la
révolution, mais non pas pour y chercher un intérêt personnel, elle est
intervenue en Grèce pur arracher une population chrétienne aux Turcs et
elle n’a pas cherché de privilèges personnels ; ici, ce sera la même
chose : elle veut délivrer le commerce européen de la piraterie
barbaresque, au profit de tout le monde. Les instructions envoyées aux
ambassadeurs sont d’insister sur le côté européen, international de
notre objectif. Au début de mai, au moment où les défiances de
l’Angleterre se font de pus en plus acerbes, Polignac réaffirme encore
à toutes les puissances le désintéressement de la France. Dans une
circulaire du 12 mai, il invite même les puissances à munir leurs
ambassadeurs d’instructions pour discuter avec le gouvernement français
du régime que l’on établirait en Algérie après le renvoi du Dey. Ainsi,
la France prétend faire cette expédition d’une façon parfaitement
désintéressée et en servant les intérêts de toute l’Europe.
L’attitude
des puissances fut naturellement assez différente : approbation
chaleureuse des Russes ; Nesselrode l’indique à son ambassadeur dès le
28 mars et, officiellement, l’Empereur déclare que tous ses voeux
accompagnent l’expédition française ; il décide
même d’attacher un officier de son quartier-général auprès de
l’expédition et de faire rechercher à Saint-Pétersbourg, dans les
archives russes, tous les documents, toutes les cartes qui pourraient
favoriser l’expédition française. Il accepte le point de vue français :
« La
France peut compter sur le constant appui d’un allié sûr dans les
développements ultérieurs que prendra cette question lorsque le succès
aura couronné les armes de Sa Majesté ».
Il rend à la France le service d’assurer l’assentiment du gouvernement
prussien, grâce à l’influence qu’il a sur Frédéric III.
L’attitude
de l’Autriche est influencée par celle de la Russie et de la Prusse. A
l’origine, l’Autriche avait été assez défiante et assez disposée à
soutenir le point de vue anglais ; il ne contrecarrera pas l’expédition
française, mais il reste sceptique sur le désintéressement de la France
; il considère qu’il est difficile de s’imaginer qu’on fasse une telle
expédition, de tels préparatifs, si on ne veut pas en tirer un résultat
personnel ; il pense qu’au moins la pensée du roi, à défaut
d’établissement sur les côtes d’Afrique, est de fortifier
sa
situation à l’intérieur par le développement et le succès de cette
expédition. Vous voyez, par conséquent, du côté des puissances
continentales, en définitive, ou bien approbation, ou bien pas de
difficultés.
Mais,
au contraire, l’opposition de l’Angleterre fut immédiate et de plus en
plus vigoureuse. Polignac s’obstine, malgré l’opposition anglaise,
persuadé d’ailleurs que les Anglais ne pousseront pas plus loin que de
formuler des objections, et d’ailleurs persuadé aussi de la situation
intérieure de l’Angleterre qui est en train de se débattre dans des
questions de discussions de la réforme électorale, ne lui permettra
pas, même si elle le voulait, d’agir. Dès que l’Angleterre a connu la
décision française, elle s’est efforcée d’intervenir, le ministre des
Affaires étrangères, Aberdeen, auprès de l’ambassadeur français Laval,
dès le 3 mars, l’ambassadeur anglais , Stuart, à Paris, auprès de
Polignac.
Ils veulent bien croire au désintéressement de la France,mais, disent-ils, nous avons besoin d’avoir entre les mains un document
qui nous mette en mesure de répondre au Parlement que nous pouvons être
pleinement rassurés sur les intentions de la France. Même après la
circulaire du 12 mars, Wellington réclame encore au duc de Laval un
engagement écrit de désintéressement, avant même le départ de
l’expédition. Le gouvernement français ne veut pas prendre cet
engagement et se dérobe en invoquant les déclarations officielles qu’il
a faites. Après la circulaire du mois d’avril et devant l’ampleur des
préparatifs faits par laFrance, les soupçons d’Aberdeen recommencent :
« Nous ne pourrons admettre une occupation qui pourrait se prolonger pendant plusieurs années »,
dit-il le 21 avril, et il décide de réclamer à nouveau un engagement
formel. Il multiplie les démarches pressantes et réitérées de
l’ambassadeur d’Angleterre près de Polignac, qui répond toujours en
renvoyant aux informations générales qu’il a données. L’ambassadeur,
alors, essaye d’agir auprès du ministre de la Marine, le baron
d’Haussez ; il lui réclame communication des instructions qui ont été
envoyées à la flotte française ; mais le ministre français lui répond :
« Milord, je n’ai jamais souffert que même vis-à-vis de moi, simple individu, on prit un ton de menace ; je ne souffrirai
pas davantage qu’on se le permette à l’égard du gouvernement dont je
suis membre. Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas traiter
l’affaire diplomatiquement ; vous en trouverez la preuve dans les
termes que je vais employer : la France se F… de l’Angleterre »
et il défie l’opposition anglaise en lui donnant le programme de marche
de l’escadre. Le ministre anglais Aberdeen continue d’insister auprès
de Laval « avec des expressions fortes et peu ménagées »
dit-il. Mais le gouvernement de Polignac ne veut pas aller plus loin,
il ne veut pas faire aux Anglais une situation à part ; il s’en
explique franchement : il a donné des assurances générales à l’ensemble
des puissances, il n’a pas à en donner de particulières à l’Angleterre
; il ne veut pas reconnaître à l’Angleterre un intérêt particulier dans
la question ; qu’elle se contente des mêmes déclarations qui ont été
faites à toutes les puissances. Zen définitive, l’Angleterre essaye
alors de faire agir la Turquie. Elle persuade le Sultan d’envoyer des
bateaux pour s’interposer, au nom de la suzeraineté des Turcs sur
l’Afrique du Nord. Talaat-Pacha, à la tête d’une escadre quitte
Constantinople le 25 avril 1830. Mais le gouvernement français
intervient vigoureusement près du Sultan et déclare qu’on va barrer la
route à l’escadre turque et qu’il n’admet pas l’intervention de la
Turquie dans l’Afrique du nord. Le brut court même, au mois de mai, que
l’escadre anglaise faisait des mouvements en Méditerranée, qu’elle
allait être renforcée, et un article du Times énuméraitles forces
anglaises en Méditerranée ; mais Aberdeen déclara qu’il n’était pas
question pour l’Angleterre de faire de démonstration militaire. Au
milieu de juin c’est-à-dire à la veille du départ de l’escadre
française de Toulon, Polignac renouvelle ses déclarations antérieures :
il traitera l’affaire avec toutes les puissances ; c’est pourquoi il a
écarté les demandes spéciales de l’Angleterre et il écarte également
celles de la Turquie : « Pour
notre part, nous ne désirons que liberté et sûreté pour notre commerce
et que nos établissements sur la côte d’Afrique soient dorénavant à
l’abri de toute insulte et de toute violence ; l’abolition de la
piraterie, de l’esclavage et la cessation des tributs honteux que le
Dey imposait aux puissances sont d’un intérêt commun à toute l’Europe ».
La
flotte débarqua le corps expéditionnaire à Sidi-Ferruch le 14 juin ;
les troupes du Dey furent battues à Staouéli le 19 ; le Fort l’Empereur
que dominait Alger, fut pris le 4 juillet et la ville et le Dey
capitulèrent le 5 juillet.
Qu’allait-on
faire de cette conquête ? Polignac ne songe pas à la garder. Malgré
l’immense joie du roi et du gouvernement français, Polignac déclare à
l’ambassadeur d’Autriche Apponyi, le 12 juillet : « Je
vous le répète, nous ne voulons pas garder Alger. Nous n’y laisserons
nos troupes qu’aussi longtemps qu’il le faudra pour assurer nos
intérêts particuliers, savoir l’indemnité pour nos frais de guerre et
la réorganisation de nos établissements commerciaux sur la côte
d’Afrique. Nous ne ferons rien sans nous entendre avec nos alliés et
sans les inviter à prendre part à nos délibérations »,
et il propose une conférence à Paris à cet effet. Il déclare même au
prince Esterhazy : « Je veux faire revivre la Quintuple Alliance ;
c’est mon secret et vous en apprendrez bientôt quelque chose ». Et
Rayneval a reçu même de Polignac un projet de partage de cette Afrique
du Nord qui en ferait quelque chose d’international : l’Autriche
recevrait la ville de Bône, la Sardaigne Stora, la Toscane Girgelli,
Naples Bougie, l’Espagne Oran, le Portugal Ténès, l’Angleterre Arzeu,
la France probablement La Calle et ses anciennes possessions. Ainsi,
tous les États méditerranéens seraient associés avec les puissances
maritimes à l’occupation des ports de la côte algérienne. Polignac
charge Guilleminot, le 17 juillet, d’offrir au Sultan Alger proprement
dite et ses dépendances, moyennant la remise de Bône et l’assurance de
la sécurité des concessions françaises. Vous voyez qu’il ne faut pas
donner à Polignac et à Charles X le mérite d’avoir préparé les
établissements français d’Afrique ; ils ne songeaient pas à un
établissement définitif, à une conquête de l’Algérie par la France.
La chute de la Monarchie
Cette
division des puissances vis-à-vis de la France sur la question d’Alger
se retrouve dans leurs positions vis-à-vis des questions intérieures de
la France même. La situation du ministère s’est aggravée dans l’opinion
au fur et à mesure que les mois passaient. Les mêmes divergences de
vues entre la Russie, l’Autriche et l’Angleterre sur les questions
intérieures françaises se révèlent que sur la question extérieure,
seulement avec des positions inverses : c’est l’Autriche qui soutient
le ministère Polignac, c’est la Russie qui essaie de le détourner de sa
ligne politique, l’influence de Pozzo di Borgo s’exerce en sens inverse
de celle d’Apponyi. Apponyi, ministre d’Autriche, a des entretiens
continuels avec Polignac ; dès l’origine, Metternich emploie tous les
moyens pour obtenir de Polignac un changement de la loi de presse et de
la loi électorale. Le soupçonneux Pozzo di Borgo signale même à son
gouvernement, le 27 novembre 1829, que l’Autriche semble encourager les
éléments bonapartistes en France, qu’on envoie de Vienne et qu’on
distribue en France des portraits du duc de Reichstadt, qu’il y a là
peut-être une agitation qui permettrait une action étrangère, que
d’autre part l’Autriche encourage « les ultras les pus effrénés, les Jésuites et les prêtres ».
Metternich, en effet, conseille à Polignac de dissoudre la Chambre ; il écrit à Apponyi, le 17 septembre 1829 : « La France a besoin d’une troisième restauration »
et il assure Polignac de son appui discret contre la faction libérale
et anti-monarchique. Au contraire, Pozzo di Borgo multiplie les
conseils de modération, Metternich présente Pozzo di Borgo comme
l’agent des libéraux et comme travaillant à vouloir faire revenir au
pouvoir un ministère Molé et Pasquier. Pendant tout l’automne et tout
l’hiver, Metternich répète ses conseils ; lui et l’Empereur assurent
Rayneval que si Polignac est menacé, ils feront tout pour l’appuyer,
directement ou indirectement. Mais d’ailleurs Polignac n’a pas besoin
de ces encouragements : son optimisme et imperturbable ; il est
persuadé de la vertu de l’énergie pour rallier à lui tout le pays : « Nous
venons d’en faire l’expérience par l’effet qu’ont produit les paroles
énergiques du discours de la Couronne dans toutes les provinces de
France ; il a été prodigieux en le lisant, tout le monde s’est écrié :
Charles X parle en roi, il veut maintenir ses droits, eh bien, nous
sommes prêts à l’aider et à le défendre contre quiconque osera
l’attaquer ».
Vous savez combien l’illusion de Polignac était grande, puisque, au
contraire, l’unanimité de l’opinion française se faisait, sauf le
groupe des ultras, contre la politique du Roi.
Après
l’adresse des 221, les conseils de Metternich sont de plus en plus
pressants de recourir à une politique extra-légale ; les Autrichiens
excitent le plus possible Polignac à faire un coup d’état ; il faut,
disent-ils, « mettre la France à l’unisson des autres pays d’Europe ».
Apponyi gourmande les ministres, leur reproche leurs hésitations, en
même temps que Metternich fait campagne auprès des autres gouvernements
pour leur représenter que la France court les plus grands dangers si le
gouvernement n’agit pas vigoureusement.
Cette
action de l’Autriche est dénoncée par les journaux français
d’opposition, en particulier le Journal des Débats qui s’élève contre
cette intrusion par l’ambassadeur d’Autriche dans les affaires de
France.
La
poussée de Metternich est telle que les inquiétudes vont grandissant à
Saint- Pétersbourg. Nesselrode informe Pozzo di Borgo que le Tsar
voudrait le maintien de la tranquillité intérieure en France et qu’il
voit cette tranquillité compromise : « Sa
Majesté désire le repos et le bonheur de la France, elle désire par
conséquent le triomphe d’une sage modération ; elle désire que la
France en soit convaincue ».
Et on lui donne comme instruction de prêcher la réconciliation aux
partis et la modération au gouvernement. Le Tsar dit lui-même à
l’ambassadeur Mortemart : « Si,
dans l’unique but de soutenir un ministère formé sans nécessité et dont
les talents sont loin d’avoir justifié le choix, Sa Majesté Très
Chrétienne adoptait des mesures subversives de la Charte, l’empereur ne
se croirait nullement obligé de lui offrir un appui dont le maintien de
cette même Charte a toujours été une des premières conditions aux yeux
des Grandes Puissances ».
D’autre
part, le soutien que l’Angleterre refuse à Polignac dans sa politique
orientale et africaine prête aux intrigues de Talleyrand des
possibilités d’intervention qui font naître un parti orléaniste. Ainsi,
la position des puissances vis-à-vis de Polignac est complexe : ces
positions sont imbriquées, contradictoires, selon la question qui se
pose, extérieure ou intérieure ; tandis que dans la politique
extérieure la Russie, comme vous le voyez, appuie directement le
gouvernement français, en politique intérieure au contraire, elle
s’épouvante et essaye de contrecarrer la politique exagérée de Polignac.
Le
coup d'État, la publication des Ordonnances, fut une surprise pour tus
les représentants des puissances à Paris. Polignac et Charles X avaient
manigancé leur affaire dans le plus grand secret et même les plus
convaincus partisans de Polignac ne croyaient pas que l’on en viendrait
là. Apponyi afficha aussitôt sa confiance dans cette politique
d’énergie :
le 26 juillet, le jour même de la publication des ordonnances, il écrivait : « J’ai
la conviction qu’il (Charles X) réussira complètement. En France, plus
que dans tout autre pays, la ferme volonté du pouvoir est toute
puissante et irrésistible ».
D’ailleurs Polignac lui a dit qu’il a pris toutes les précautions,
qu’il n’y a rien à craindre. Metternich exulte, car il voyait avec
crainte la contagion du mouvement français libéral sur l’Allemagne, et
il avait même fait des représentations à la Bavière qui tolérait
l’entrée des journaux français dans son royaume. Au contraire, c’est
une stupeur en Russie : Polignac affirmait à Pozzo di Borgo qu’il avait
toujours blâmé les mesures extra-légales et qu’il en était éloigné plus
que personne au moment même qu’il préparait ses Ordonnances. Le 13
juillet, Pozzo avait eu un entretien avec le Roi pour le mettre en
garde contre les imprudences et, le même jour, le Tsar avait donné un
avertissement au duc de Mortemart. On était donc, à l’ambassade russe
comme à Saint- Pétersbourg, dans l’ignorance totale de ce qui se
préparait, et la publication des Ordonnances a été un coup de foudre.
Pozzo di Borgo fit immédiatement une démarche près de Polignac et du
roi pour leur dire sa consternation et les appréhensions où il était
d’une réaction violente ; mais il les trouve absolument confiants et il
est obligé de se retirer, persuadé qu’on va à une catastrophe.
Ainsi,
à la fin de la monarchie de la Restauration, nous retrouvons les mêmes
efforts des puissances pour intervenir dans la politique française,
pour se mêler des affaires intérieures de la France, qui nous avons vus
de 1815 à 1818. Le sentiment de tous, en Europe, c’est que les Bourbons
n’ont pas su s’enraciner dans le pays, que leur règne reste précaire,
qu’on est à la veille d’une crise dont les répercussions peuvent
affecter l’Europe entière.
Seulement
le remède que proposent les puissances est différent : la Russie
propose un retour au libéralisme, l’Autriche un raidissement de
l’autorité ; quant à l’Angleterre, elle est tellement mécontente de
l’indépendance de Charles X et de Polignac que la question grecque et
sur la question d’Alger qu’elle se félicite de toutes les difficultés
qui peuvent surgir. Le résultat de la politique étrangère des dernières
années de la Restauration est cependant satisfaisant : la France a
reconquis depuis 1828 l’indépendance de sa politique et son influence
en Europe ; elle a affirmé sa puissance en Méditerranée, par son accord
intime avec l'Égypte, par le secours qu’elle a donné à l'État grec pour
se constituer, et enfin par cette expédition d’Alger qui vient de
réussir. Évidemment, Polignac a fait preuve d’incertitude, beaucoup
plus que La Ferronnays ; il s’est embarqué dans des chimères, soit ce
projet de partage de l’empire ottoman avec remaniement de l’Europe de
l’ouest que nous avons vu, soit cette idée d’un règlement international
de l’affaire d’Algérie, mais il n’a pas compromis les résultats que La
Ferronnays avait obtenus et, sans le savoir, sans le vouloir, il a
ajouté à la grandeur future de l France, un élément nouveau par cette
prise de possession de la France en Algérie.
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Jusqu'en
1830, les relations maritimes de la Régence d'Alger avec les autres
nations se sont poursuivies sous le signe de la piraterie. Pays de
production médiocre, l'exportation normale se limitait aux cuirs, aux
laines, à la cire, aux plumes d'autruche, rarement aux grains. Nombre
de ces marchandises arrivaient de l'intérieur apportées par des
caravanes dont la régularité était commandée par l'état et l'insécurité
des pistes. Le tout était de quantité et de valeur généralement
inférieures aux objets importés. Ces transactions normales étaient,
pour la régence, d'un faible revenu. De là, pour les Barbaresques, la
nécessité d'assurer - nous serions tentés de dire leur matérielle - en
levant de façon permanente des contributions extraordinaires sur les
pays plus riches
Cette
situation donnait aux relations algéro-européennes un caractère
particulier. Des navires de toutes nations qui apportaient des
marchandises à Alger, le plus grand nombre n'était pas à destination de
cette ville. De même, la presque totalité des Européens qui
débarquaient à Alger n'avaient pas eu, en partant, cette intention.
Ceux-ci et celles-là avaient été, en cours de voyage, déroutés sur la
Régence par les corsaires. Les choses se passaient toujours de la
même façon. En Méditerranée ou sur les côtes de l'Atlantique, un
paisible navire qui suivait lentement sa route à destination de quelque
port d'Espagne, de France ou d'Italie, voyait apparaître tout à coup
une goélette ou un chebeck bons marcheurs qui l'arraisonnaient sous la
menace de leurs canons. Les navires appartenant à des nations en paix
avec la Régence avaient beau produire des papiers en règle ; le Consul
de Kercy a énuméré les vingt moyens que les raïs pratiquaient pour les
trouver en défaut. L'équipage peu nombreux se gardait de résister et
les passagers n'avaient pas d'autre idée que de dérober leur or et
leurs bagages les plus précieux à la curiosité des pirates. Précautions
dérisoires. La cargaison du bateau capturé était reconnue, les
prisonniers fouillés avec soin et rudesse et parqués à fond de cale. Finalement,
choses et gens arrivaient à Alger, ville de réputation fâcheuse. Là,
tout était mis à l'encan et le produit de la vente partagé suivant un
barème équitable entre les parties prenantes : tant pour le beylick,
tant pour le raïs et son équipage, tant pour les Maures ou les Juifs
qui avaient commandité la course. Des marchandises ainsi capturées, les
Algériens gardaient pour eux les bois de construction, les armes, les
munitions, les tissus. Le reste était mis en vente et racheté par des
commerçants européens établis à Alger, directement ou par
l'intermédiaire des Juifs et réexporté en Europe. Parmi ceux qui
pratiquaient les transactions de cette sorte figuraient des agents de
divers consulats. Dans cette affaire tout le monde était satisfait,
sauf le propriétaire légitime qui, fait prisonnier avec sa cargaison
destinée à Marseille, Livourne ou Naples, la voyait ainsi disperser sur
la place d'Alger. Quant aux prisonniers exposés au marché, les
Barbaresques s'efforçaient de discerner quels étaient ceux dont il
pourraient exiger une forte rançon. Par des questions insidieuses, et
aussi par la bastonnade, ils parvenaient à identifier les gens de
qualité. Après que le beylick s'était réservé la part du lion, le
restant du lot était mis aux enchères. Les uns étaient achetés par des
particuliers qui s'efforçaient de tirer d'eux le meilleur parti. Leur
existence matérielle - l'accoutumance une fois acquise - n'était pas
précisément misérable. Le maître n'avait aucun intérêt à diminuer, pour
de mauvais traitements, le rendement d'un esclave qui travaillait et
dont il pouvait toujours espérer tirer rançon; le commerce des métis
issus des chrétiens et des femmes du pays était aussi d'un bon
rendement. Les autres s'entassaient dans les bagnes du beylick où
ils vivaient dans la misère et l'abjection. Leur seule espérance était
dans la venue de quelqu'un de ces religieux voués au rachat des
captifs. Les Pères, nantis des aumônes de la chrétienté, parvenaient,
après des marchandages acharnés, à en rédimer un certain nombre. Ils
débarquaient dans quelque port chrétien au chant des cantiques. Les
récits que d'anciens esclaves ont écrit de leur captivité, ceux que les
Pères de la Merci nous ont laissés de leurs rédemptions sont les
premières manifestations de la littérature touristique nord-africaine. Ainsi
nous apparaît, avant 1830, l'aspect commercial et privé des relations
de la Régence d'Alger avec les autres puissances. Ces relations
pouvaient aussi prendre un aspect officiel de nature non moins
particulière. Parfois, les grands vaisseaux du roi, qui portaient dans
leurs architectures quelque chose de la majesté de Versailles,
apparaissaient en vue d'Alger pour appuyer la mission d'un envoyé
extraordinaire ou pour remettre au Dey un ultimatum. Les galères
rangeaient à bonne portée les galiottes à bombes ; c'étaient de
furieuses canonnades. Le Dey faisait mettre au canon ou jeter en prison
le Consul de France. Régulièrement, la paix était signée pour cent ans
et la piraterie reprenait dans l'année. Elle était le gagne-pain des
Barbaresques, et compter les y voir renoncer de bon gré était une
curieuse illusion. Pour que les relations maritimes avec la Régence
d'Alger se déroulent sur le plan des transactions normales, il fallut,
après trois siècles, se convaincre que le seul moyen d'en finir était
qu'une nation eût la volonté et la force de détruire la puissance
turque à Alger et de s'y installer pour toujours. Le Gouvernement de
Charles X ne s'y résolut toutefois que forcé par l'entêtement du Dey
Hussein. Entre l'entrevue du 29 avril 1827, au cours de laquelle le Dey
frappa de son chasse-mouches le Consul de France, et le moment où
l'expédition fut décidée, il s'écoula trente-trois mois qui se
passèrent en tergiversations, en un blocus coûteux et inutile, en
démarches tentées pour que Dey voulut bien donner aux griefs du
Gouvernement français une satisfaction que le désir de conciliation de
celui-ci avait fini par réduire à quasi rien. Le Dey, ne voyant là
qu'une preuve de faiblesse, son intransigeance s'accrut d'autant. Il
fallut qu'un vaisseau français couvert par le pavillon parlementaire
fut canonné par les batteries turques pour que le Cabinet Polignac se
trouvât amené, afin d'en finir avec cette situation sans issue, à
expulser d'Alger le Dey Hussein. Encore fut-il question de charger de
ce soin le pacha d'Egypte, Méhémet Ali. L'expédition de 1830 est une
des entreprises les plus réussies de l'Histoire. Trois mois furent à
peine nécessaires pour que fut rassemblée à Toulon une flotte composée
de 14 vaisseaux de ligne, 21 frégates, 14 corvettes, 33 bricks, 6
goélettes, 8 bombardes, 10 gabarres, 7 bateaux à vapeur, soit : 103
navires de guerre et près de 700 bâtiments de commerce, prêts à
transporter en Afrique plus de 37 000 hommes, près de 4 000 chevaux,
avec le matériel les munitions et les approvisionnements. Tandis que
dans les ports de France on travaillait nuit et jour, des agents du
Gouvernement et du munitionnaire général Seillière affrétaient des
bâtiments de transport en Espagne, en Italie et en Autriche. On avait
fait appel à l'expérience des marins provençaux ou étrangers qui
avaient été captifs à Alger.Aussitôt les transports arrivés à Toulon,
l'embarquement des approvisionnements commençait. Il n'y eut ni
à-coups, ni retards. Les bateaux portaient des flammes de couleurs
différentes et des numéros de grandes dimensions qui permettaient de
les reconnaître à distance. Ainsi, les ballots passaient directement
des voitures qui les avaient transportés à bord des bâtiments destinés
à les recevoir.
Cette expédition fut à la fois une croisade, une
aventure, une partie de plaisir. La France s'était réveillée au son de
la trompette. Des officiers proposèrent, pour partir, de rendre leurs
galons ou de faire la campagne à leurs frais. Le côté pittoresque de
cette guerre, le renom d'imprenable jusque-là mérité par Alger, le
lointain de ses rivages mal connus, l'illusion orientale des palais et
des harems agirent sur les imaginations. La liste des officiers à la
suite du quartier général était composée des noms des plus anciennes
familles de France.
L'attirance ne fut pas moins grande sur les
artistes. A côté des peintres officiels de la Marine, Gilbert et
Tanneur, de jeunes artistes : Gudin, Eugène Isabey, Waschmut, Fournier
de Berville suivirent l'expédition.
Dans les rangs de l'armée et
de la flotte, les artistes ne manquaient pas non plus :les officiers
d'Etat-Major Jean-Charles Langlois et Tancrède de Labouère, les
lieutenants de Longuemar, du 2e de marche ; Dumoulin, du génie ; le
capitaine de vaisseau de Villeneuve -Bargemont, commandant la "Didon",
d'autres encore. Mais les oeuvres que ces divers artistes ont
réalisées d'après leurs croquis de campagne sont peu nombreuses. Le
théâtre était représenté par le Contrôleur et le Directeur de la Porte
Saint-Martin. Le premier, Colombon, eut le titre de Directeur de
l'imprimerie de l'Armée. L'autre, Jean-Toussaint Merle, suivit
l'expédition comme secrétaire bénévole du général en chef. Il imprima,
à Sidi-Ferruch, un journal : I"'Estafette d'Alger" qui eut deux numéros
et qui est le premier spécimen de la presse algéricnne.
"Tous les arts et toute la magnificence du siècle nous accompagnaient en Afrique",
écrit l'académicien Michaud, de passage à Marseille. Un restaurateur de
Nantes, Hennequir, avait frété un brick chargé des comestibles les plus
recherchés et des meilleurs vins qu'il vendit fort bien au camp de
Sidi-Ferruch. Cela donna naissance, à Marseille, à un projet d'hôtel
flottant muni de tout le confort de l'époque et où les passagers
pourraient assister à leur aise aux opérations du débarquement et du
siège, le tout pour treize francs par jour. Ce projet rejoint dans le
folklore marseillais celui d'un paquebot qui, en 1817, aurait fait
quatre fois par an la traversée de France à Alger par les soins de
l'amateur Isaac Tama et du médecin homme d'affaires François Maurin,
préalablement commandités par le Consulat de France à Alger. Le 3
mai, des salves d'artillerie annoncèrent l'arrivée à Toulon du Duc
d'Angoulème. Le canot royal, suivi par de nombreuses embarcations, se
dirigea vers les navires de guerre tonnants et pavoisés. Les matelots,
debout sur les vergues, criaient : "Vive le Roi !" "La rade, écrit un
témoin, ressemblait à une grande prairie émaillée de fleurs, se
balançant en guirlandes de toutes couleurs." L'embarquement des
troupes eut lieu du 11 au 16 mai. Des fenêtres du quai, qui étaient
pavoisées de femmes, s'étendaient, à droite et à gauche, les masses
luisantes des fusils et, comme des plaines mouvantes, les pompons
jaunes et rouges colorés par le soleil. On entendait les roulements des
tambours, les bruits des fanfares, les chants des soldats. ------Le
25 mai au matin, le vent étant devenu favorable, le vaisseau-amiral se
couvrit de signaux. Le vice amiral Duperré avait arboré son pavillon
sur la "Provence", le même qui, l'année précédente, avait été canonné,
quoique battant pavillon parlementaire. Le convoi, composé de 350
bâtiments de commerce escortés par douze bâtiments légers et portant
une partie du matériel et les approvisionnements, alla se former, à
l'abri du Cap Cépet,sous les ordres du capitaine de vaisseau Hugon.
Puis les trente-cinq bâtiments de l'escadre de réserve (capitaine de
vaisseau Lemoine), l'escadre de débarquement (dix-sept vaisseaux) sous
les ordres du capitaine de vaisseau Dubreuil, l'escadre de bataille (17
vaisseaux de ligne) avec l'amiralissime, le contre-amiral Ducamp de
Rosamet, commandant en second, le contre-amiral Mollet, major général,
prirent le large. Les hauteurs qui dominent la rade étaient
couvertes d'une foule bariolée qui agitait mouchoirs et chapeaux,
saluant de ses acclamations la flotte la plus considérable qui fût
sortie d'un port français. Des navires qui s'éloignaient, les musiques
des dix-huit régiments d'infanterie répondaient à ces vivats.
A
la nuit tombante, l'armée navale était complètement formée, les
commandants de chaque division marchant en tête avec un fanal au grand
mât. Le lendemain, la flotte apparut en bon ordre, naviguant sur quatre
immenses colonnes formant, dans la mer, autant de sillages d'une
blancheur éblouissante qui se perdaient à l'infini : l'escadre de
bataille, flanquée, à gauche, par le convoi, à droite par les escadres
de débarquement et de réserve. Chaque vaisseau ne pouvait conserver son
rang dans la colonne qu'à la condition de manoeuvrer continuellement.
Il devait tantôt forcer, tantôt diminuer les voiles. Les frégates et
les bâtiments légers semblaient avoir peine à retenir leur élan, tandis
que les vaisseaux à deux ou trois ponts s'avançaient avec une pesante
régularité. Au milieu, les bateaux à vapeur allaient et venaient en
tous sens pour porter les ordres de l'Amiral. L'un d'eux, le "Sphinx",
avec ses 120 chevaux, passaient pour le chef-d'oeuvre du genre.
Ce
n'est point ici le lieu d'entrer dans les détails de la navigation. Le
14 juin, au petit jour, la première division de l'armée est mise à
terre. Le débarquement du reste des troupes et du matériel se poursuit
rapidement malgré la tempête du 16. Les 1er et 3 juillet, la flotte
canonne les batteries échelonnées de la Pointe- Pescade au môle d'Alger
: simple démonstration à effet moral. Le 4 juillet, l'armée bombarde le
Fort l'Empereur qui saute. Le lendemain, le Dey Hussein accepte
l'ultimatum du Général de Bourmont. La Méditerranée est libérée de la
piraterie.
Les relations d'Alger avec le monde s'établissent sur
le plan de la civilisation. On songe au mot de Corneille : "Un grand
destin commence". _____________________________________________________________
Ci-dessous, vous trouverez un
récapitulatif daté, causes, déroulement, conséquences de
l'histoire d'Alger, ainsi qu'une analyse sur ce que l'on peut
aujourd'hui qualifier de drame, commentaires de Toufik Bakhti.
-
En 1796,
BACRI
et BUSNACH,
négociants israélites d' Alger
fournissent du blé au
DIRECTOIRE,
mais ils ne sont pas payés.
-
Le DEY
leur ayant avancé, pour cette
transaction, les fonds nécessaires, tout se passe comme si le DEY,
lui-même, n'avait pas été payé.
- Les
rapports entre la FRANCE
et
la RÉGENCE
se
détériorent.
-
NAPOLÉON envisage
de s'emparer d'ALGER.
-
En 1808,
il envoie en reconnaissance secrète le commandant de Génie BOUTIN.
-
NAPOLÉON ne
donne pas suite à ce projet.
-
Au début du XIXéme,
la RÉGENCE
connaît
des temps difficiles : révoltes, peste et famine. BUSNACH
est
tué lors d'une émeute antisémite.
-
En 1816,
le dey OMAR
est
étranglé er remplacé par ALI
KHODJA.
-
ALI KHODJA meurt
de la peste et HUSSEIN
lui
succède.
-
En 1827,
la RÉGENCE
perd
le gros de sa flotte à NAVARIN.
-
LOUIS XVIII apure
les comptes avec les héritiers de BACRI
et
BUSNACH.
- Les
créanciers français de BACRI
et
BUSNACH
saisissent
les sommes débloquées par le ROI.
- Le DEY,
n'étant toujours pas payé, insiste pour que justice lui soit enfin
rendue. Il adresse une lettre au ROI
CHARLES X,
pour réclamer le paiement de la dette. Sa lettre demeure sans
réponse.
- Le 29
avril 1817,
veille
de l' AÏD
EL SEGHIR,
le Consul DEVAL
se
rend chez le DEY,
comme il le fait chaque année.
- Le ton
monte entre les deux hommes, le DEY
"donne
un coup de CHASSE-
MOUCHE" à
DEVAL.
La FRANCE
se
trouve offensée.
-
Le 16
juin, toute
conciliation étant devenue impossible, La
ROYALE entame
le BLOCUS
NAVAL d'ALGER.
- Le BLOCUS
du
PORT
n'étant
pas suffisant, le débarquement est envisagé.
-
BOUTIN avait
tout prévu : le point de débarquement, les effectifs des troupes à
mettre à terre, le choix de la saison.
-
CHARLES X est
hésitant.
-
En juillet 1828,
PARIS
tente
une conciliation.
- Le
vaisseau, LA
PROVENCE, entre
dans le port d'ALGER.
-
LA BRETONNIERE présente
au DEY
les
exigences de son GOUVERNEMENT.
- Le DEY
refuse
tout compromis.
-
Les BATTERIES
TURQUES envoient
plus de 80 coups de canons sur LA
PROVENCE qui
sort du PORT.
- A PARIS,
le GOUVERNEMENT
est
trop divisé pour prendre une décision.
-
En été 1829,
la crise amène les ULTRAS
au
pouvoir qui comptent sur cette "NOUVELLE
CROISADE"
pour gagner les élections, pour retrouver son rang de GRANDE
PUISSANCE en
EUROPE
et
pour s'emparer du "TRESOR"
pour renflouer les caisses du ROI.
- Le
"COUP d'
ÉVENTAIL"
ne fut , en vérité, qu'un prétexte.
-
Le 31 janvier 1830,
le
CONSEIL
des
MINISTRES
approuve
le principe d'une intervention contre ALGER.
- Le
MINISTRE
de la GUERRE,
BOURMONT,
a le commandement de l'expédition.
-
L' AMIRAL DUPERRÉ est
à la tête de la flotte.
-
Le 25 mai 1830,
36.450
hommes embarquent, à TOULON,
sur 675 bâtiments.
-
Le 13 juin,
la flotte s'ancre dans la baie à l'ouest de SIDI
FERRUCH.
-
Le matin du 14 juin,
vers 4 heures, les premiers canots accostent.
- Un
drapeau blanc est hissé sur la tour de la TORRE
CHICA.
-
Le soir du 14 juin,
la presqu'île de SIDI
FERRUCH est
prise. La résistance a été faible. Les FRANCAIS
ont
peu de pertes humaines. - le
19 juin,
bataille de STAOUELI
-
Le 4 juillet,
attaque de FORT
L' EMPEREUR
-
Le 5 juillet,
entrée de l'armée française dans ALGER
- Une
CONVENTION
est
signée entre le DEY
et BOURMONT
-
Le 16 août,
le drapeau tricolore est hissé partout à ALGER
à
la place du drapeau blanc.
Les
manifestations de la guerre totale menée par l'administration
coloniale française étaient présentes sous toutes leurs formes,
allant de l'extermination de l'élément humain, l'anéantissement de
tous les repères arabomusulmans de la société algérienne, à
travers la destruction des institutions religieuses et culturelles,
les expéditions militaires sans merci contre les tribus qui
rejetaient la colonisation et toutes les actions répressives qui en
découlent telles que le bannissement, la déportation, le
déplacement des populations et l'emprisonnement.
Les
dirigeants et gouverneurs français, aussi bien militaires que
civils, qui avaient pris en charge l'administration des affaires de
l'Algérie furent l'instrument efficace pour l'exécution de cette
politique barbare, mettant en oeuvre toutes leurs énergies pour
asseoir l'occupation et renforcer ses bases
Dans
l'un de ses rapports, un des chefs militaires français reconnaît :
" Nous
avons détruit totalement tous les villages, les arbres, les champs
et les pertes occasionnées par nos troupes à ces populations sont
inestimables. Si certains se demandent, si nous avons bien ou
mal agi, je leur répondrais que c'est là l'unique méthode
pour soumettre les habitants et les pousser à partir "
Le
Général
Bugeaud
a justifié le non respect par l'armée française des règles
humanitaires dans ses rapports avec les Algériens par le fait que le
respect de celles-ci aurait retardé l'opération d'occupation de
l'Algérie. Ceci constitue une reconnaissance explicite de la
pratique par l'armée française de l'extermination, de la rapine, de
la destruction et le déplacement des populations à l'égard des
Algériens.
Il
ne fait aucun doute que cet esprit militaire régnant au sein de
l'armée française a été dominé par des tendances agressives
sauvages à tel point qu'il ne faut guère s'étonner de cette
appellation officieuse donnée par le commandant Montignac à ses
soldats, à savoir les fantassins
de la mort,
de même qu'il ne faut pas s'étonner de constater que les officiers
supérieurs et les historiens attribuent le nom de colonnes
infernales
aux colonnes de la destruction que Bugeaud avait fait sévir en
Algérie.
Il
n'est pas surprenant que Saint
Arnaud
se soit glorifié dans ses correspondances d'avoir rayé de la carte
de nombreux villages et érigé sur son chemin des montagnes de
cadavres. Lorsque le Général Bugeaud fut interpellé par le
Parlement français à propos des crimes commis par ses officiers et
soldats en Algérie, il répondit à son ministre de la guerre en
disant : «Et
moi, je considère que le respect des règles humanitaires fera que
la guerre en Afrique risque de se prolonger indéfiniment ».
Cela
avait débuté par le massacre de Blida à lépoque du Général
Clauzel
puis le
massacre dEl Ouffia
à lépoque du Duc
de Rovigo
qui dévoila la nature du génocide collectif adopté comme méthode
politique par la France en Algérie.
Cela
fut suivi par dautres massacres dont le plus célèbre fut celui de
la grotte des Frachich
, commis
par le colonel Pélissier
,
sans parler de ce qui a été commis par le criminel Cavaignac contre
les tribus du Chélif où il
appliqua
une méthode comparable à l'exécution par asphyxie. Ce fut le
massacre
des tribus de Sébiâa.
L'opération
d'extermination de l'élément humain ne sest pas limitée à une
région précise en Algérie mais devint la distraction favorite de
tout dirigeant militaire français chargé détendre l'influence de
la France ou de propager son message civilisationnel
Le
traité de reddition conclu le 5 juillet 1830 entre le Comte De
Bourmont
, commandant de l'armée française d'occupation et le régent
d'Alger le Dey
Hussein
n'était en fait que la soumission du faible au plus fort et du
vaincu au vainqueur. Bien que l'article 5 du traité stipule la
non atteinte à la religion musulmane, ni aux biens du peuple
algérien, ni à leurs commerces ou industries, les biens privés
n'échappèrent pas au pillage et à la rapine. Les troupes
d'occupation, aussi bien les officiers que les soldats, entreprirent
de chasser les habitants de la Casbah où se situait le siège du Dey
et commencèrent à creuser le sol dans l'espoir de découvrir les
trésors enfouis de l'Algérie. Les murs d'enceinte furent également
détruits dans le même objectif, de même que les particuliers
furent contraints d'abandonner leurs biens et leurs demeures,
craignant pour leurs vies, ainsi qu'en témoigne Hamdan Khodja
lui-même. En outre, des terres et des maisons relevant des biens
privés furent accaparés par l'autorité d'occupation. C'est ainsi
que plus de 168 mille hectares furent confisqués pour la seule
région d'Alger, auxquels il faut ajouter l'opération de
regroupement des tribus expropriées de leurs terres dans le cadre
dune loi promulguée par le Gouverneur Général Randon
dont l'application débuta en 1863. Selon le témoignage de
Hamdan
Khodja,
les notables d'Alger furent contraints de quitter la ville laissant
leurs biens en proie au pillage, ce qui a eu une influence négative
sur les couches démunies qui se sont révoltées contre cette
politique. Les soldats de l'ennemi ont également pris possession des
meubles, notamment les armes incrustées d'or, d'argent ou de pierres
précieuses. Parmi les demeures qui furent l'objet de pillage, il y
eut celle de Hamdan Khodja lui-même .Toutes les demeures
situées à Alger destinées à la villégiature furent également
accaparées. Les propriétaires des biens privés réquisitionnés
par la force ne reçurent aucune indemnisation. Bien plus, les biens
étaient soumis à la destruction au vu et au su des propriétaires.
Ainsi, les portes étaient cassées pour être brûlées et les
clôtures métalliques arrachées pour être vendues. Les sols quant
à eux étaient creusés à la recherche de trésors mythiques. Si
les biens privés à l'intérieur de la Capitale furent en butte à
la destruction, les environs d'Alger connurent le même sort. Ainsi
les officiers supérieurs rivalisaient pour s'accaparer les plus
belles demeures et jardins qu'ils entreprenaient de détruire après
y avoir séjourné. D'autre part, les locaux commerciaux furent
enlevés aux Algériens pour être remis aux juifs prioritairement.
Genty de Bussy a exprimé cette politique par ces propos :
« Nous
avons pris l'Algérie ; nous en sommes les propriétaires sans
partage et nous y ferons tout ce qui nous plaira à travers sa
destruction ou autre » Un
rapport français publié en 1833 a confirmé cette politique basée
sur la destruction et le pillage. On peut notamment y lire :
« Nous
avons détruit et été injustes envers des populations auxquelles
nous avions promis le respect nous avons accaparé leurs biens privés
sans indemnisation. ».
Cette voie a été suivie par Bugeaud pour l'exécution de son plan
incluant plusieurs méthodes infernales parmi lesquelles la
dévastation totale des villages habités par les autochtones, la
destruction des institutions religieuses et leur vente aux colons
européens qui les ont démolies pour ériger d'autres constructions
à leur place. La confiscation des biens privés avait causé des
préjudices considérables à leurs propriétaires et selon le
témoignage de lun des français, M. DELSPES : « Les
indigènes dépouillés de leurs biens sans aucune indemnisation se
sont retrouvés dans un tel état de misère qu'ils étaient
contraints de mendier » Même
l'artisanat qui était pourtant conscrit à un nombre limité
d'Algérois fut anéanti et n'eut plus aucune existence. Les biens
publics constitués par le legs laissé derrière lui par le Dey
Hussein et en premier lieu les fonds algériens déposés au Trésor
public estimés à 50 millions de dollars, furent accaparés par les
autorités d'occupation qui se les sont appropriés. Il en fut de
même pour les biens religieux waqf
qui furent confisqués en vertu de la décision du 8 septembre 1830
laquelle fut suivie par une deuxième décision le 7 décembre 1830
autorisant le gouverneur général à disposer même des biens
religieux en les louant ou les donnant en location. Aux termes de
ces deux décisions eut lieu la nationalisation des biens publics qui
furent, par la suite, mis à la disposition des colons vu que
l'administration française leur avait vendu, en matière de biens
waqf,
pour
l'équivalent de 4495839 Francs. La destruction s'est par la suite
étendue à toutes les grandes villes où les troupes d'occupation ne
se sont pas contentées de couper les arbres mais ont troué les
conduites d'eau et détruit les canaux d'irrigation. Parallèlement
les noms des rues furent changés et les marchés existant à
l'époque détruits et transformés en places publiques. De même, de
nombreuses maisons furent démolies à Alger pour réaliser la place
du Gouvernement. Ces biens furent transformés en cabarets, lieux de
culte ou cafés à la française. Dans ce domaine, et selon des
sources françaises concernant les biens de manière générale, le
Docteur Sâadallah a relevé ce qui suit :
-
Les biens de l'état (beylik)
estimés à 5000 propriétés et qui comprenaient diverses
installations parmi lesquelles des casernes, des bâtiments
officiels, des biens des gouvernants, ministres et hauts
fonctionnaires dans le gouvernement algérien ont été affectés à
l'administration coloniale.
-
Les biens de beyt el mel (Trésor public) à savoir les biens saisis
et versés au Trésor parmi les et pour lesquels il n'y avait pas
d'héritiers ;
-
Les biens privés constitués par de nombreux biens immobiliers;
-
Les biens religieux (waqf)
en dépit de leur statut de biens publics étaient de diverses
sortes :
-
les biens waqf
à la Mecque et Médine, nombreux et très riches
-
les biens appartenant aux mosquées
-
les biens des zaouias
(confréries) et des mausolées
-
les biens waqf
en Andalousie, les biens des nobles, les biens waqf
des janissaires et les biens waqf
en
voie publique et enfin les biens waqf
en sources d'eau.
Les
institutions culturelles et religieuses firent également l'objet de
destruction et ce dans le cadre dune politique coloniale s'inscrivant
elle-même dans une guerre totale. L'administration coloniale avait
mis l'accent sur la démolition des établissements religieux, et en
premier lieu les mosquées, les écoles et les zaouias,
en raison du rôle quelles pouvaient jouer dans la préservation des
valeurs du peuple algérien et son appartenance à la civilisation
arabomusulmane. Cette politique eut pour résultat la détérioration
de la culture et du niveau de l'enseignement dans la société
algérienne, contribuant au renforcement de la position de
l'administration coloniale et des colons.
Parmi
ces institutions, nous citerons les mosquées comme exemple de la
barbarie française. Avant l'occupation française, la ville d'Alger,
regroupait à elle seule 176 mosquées. En 1899, il n'en restait plus
que cinq(05). Parmi les mosquées les plus importantes profanées par
le colonialisme, nous citerons :
-
La
mosquée de la Casbah transformée en Eglise de la Sainte Croix
-
La
mosquée Ali Betchine transformée en Eglise de la Sainte Victoire
-
La
mosquée Ketchaoua transformée en église après que l'armée
française ait décimé les 4000 fidèles qui si étaient réfugiés.
Et la liste est longue.
Il
en fut de même dans le reste des villes algériennes : les
zaouias
connurent le même sort que les mosquées et furent l'objet de
démolition, de cession ou de transformation.
Selon
les statistiques françaises, 349 zaouias
furent détruites ou accaparées. Parmi celles qui ont disparu du
fait de cette politique, celles del
kachach,
al
sabaghin,
al
mekyasin
et Chaberlya.
Réalisant
le danger que constituait l'enseignement en langue arabe, les
politiciens français sen prirent aux établissements qui le
dispensaient et le financement constitué par les recettes des biens
waqf
fut interrompu.
Les
écoles ou médrasas
subirent également le même sort, telles la médersa de Djamaâ
Kébir
(la Grande Mosquée) et la médersa de la mosquée al
sayyeda.
Dans
la ville de Annaba, il y avait, avant l'occupation, 39 écoles en
plus de celles qui relevaient des mosquées. Il n'en resta plus que
3.
Dans
un rapport adressé à Napoléon
III,
lun des généraux français a résumé la détermination de
l'administration française à combattre les institutions culturelles
algériennes en disant : « Nous
sommes tenus de créer des entraves aux écoles musulmanes
chaque fois que nous le pouvons en d'autres termes, notre objectif
doit être de détruire le peuple algérien matériellement et
moralement ».
****************************************************************************************
Pour
résumer et comprendre la conquête de l'Algérie en 1830
Qu'est
ce que la Numidie en latin Numidia :
Région
de l'Afrique du Nord s'étendant entre les fleuves Moulouya à
l'Ouest et Rummel à l'Est.
Peuplée
de Berbères semi-nomades, les Numides, la Numidie
était divisée, au III siècle av. J-C, entre le royaume
des Masaesyles à l' ouest et celui des
Massyles à l'est.
Le souverain de ce dernier,
Masinissa, parvint à unifier la Numidie, grâce au soutien de
Rome. Mais, à sa mort en 148 av. J-C, le pays fut à nouveau
partagé avant qu'un de ses descendants, Jugurtha, ne
parvienne à reconstituer le royaume. Il résista aux visées
romaines entre 113 et 105, mais dut s'incliner devant les
légions de Marius.
La
partie occidentale de la Numidie fut alors attribuée à la
Mauritanie, l'Est devenant autonome, avant de former la
province romaine d'Africa Nova, qui sera unie à la
région de Carthage pour former une province sénatoriale (27 av.
J-C).
Redevenu
indépendant sous Septime Sévère (fin du II siècle
apr. J-C), le territoire connut un grand essor agricole et
urbain.
Au milieu du V siècle,
elle tomba aux mains des Vandales, puis fut occupée par
les armées de Justinien au milieu du VI siècle et
divisée en quatre parties, avant d'être conquise par les
Arabes à la fin du VII siècle.
La régence
d' Alger en 1829 L'Algérie est un pays
languissant et retardataire . . . . . Pourquoi ? Elle
est exploitée par les turcs ;. Représentés par le Dey et
les Beys, qui s'appuient sur quelques villes occupées par les
garnisons de janissaires et sur quelques tribus privilégies. Les
tribus sujettes, qui doivent payer un impôt très lourd et n'ont
pas le droit de porter les armes, ne songent qu' à se soulever.
Elle est pauvre. Peu
peuplée, décimée par les famines périodiques, elle a peu de
régions fertiles : La Mitidja même comporte
des zones marécageuses. L'élevage est primitif et les tribus
l'abandonnent dés que menace la guerre intérieure. L'industrie
extractive se réduit presque à la production du sel. Les
industrie artisanales (bracelets, tissus, tapis) subissent la
concurrence des produits tunisiens, marocains ou européens.
Le
commerce est aux mains des étrangers.
Les
marchandises sont achetées à bas prix aux fellahs (paysans), qui
continuent ainsi à s'appauvrir.
La Régence apparaît
donc comme un petit état vulnérable.
La prise d'
Alger en 1830.
Commandée par le
ministre de la guerre en personne, le général de Bourmont :
L'expédition
forte de 37.612 hommes quitte Toulon le 17 mai 1830 pour Palma, Le
corps expéditionnaire était composé de :
L'infanterie
était répartie en trois divisions :
La
lère, division Berthezène (brigades Poret de
Morvan, Achard et Clouet),
La
2e, division Loverdo (brigades Damrémont, Monck
d'Uzer et Colomb d'Arcine),
La
3e, division du duc des Cars (brigades Bertier,
Hurel et de Montlivault).
La
cavalerie était constituée par :
un
régiment de chasseurs d'Afrique formé de deux escadrons du 17ème
et d'un du 13ème chasseurs.
L'artillerie,
commandée par Lahitte, comprenait :
5
batteries de campagne.
10
batteries de siège, avec 2.300 artilleurs.
Le
génie commandée par Valazé, fort de 1.300 hommes,
comprenait : deux compagnies de mineurs, six de sapeurs et un
demi-train du génie.
Les
fonctions de chef d'état-major étaient remplies par le
lieutenant-général Desprez, celles de sous-chef par le
maréchal de camp Tholozé.
L'intendance,
dirigée par l'intendant-général Denniée.
Le
25 mai, enfin, la flotte mit à la voile. Elle arriva en vue
d'Alger le 31 Mai 1830.
Elle
séjourna sur rade jusqu'au 14 juin 1830. Tandis que
les Turcs cherchaient à accroître leurs forces en appelant aux
armes toute la population de la Régence, en essayant
d'entraîner le bey de Tunis, qui ne se prononça pas
contre nous, et le bey de Tripoli, qui
parla de faire prêcher la guerre sainte dans les mosquées.
Hussein pacha le Dey d' Alger, dispossait de :
- 5.000
janissaires,
- 5.000
Coulouglis,
- 10.000
Maures algériens,
- 30.000
Arabes des beyliks du Tittery, d'Oran et de
Constantine, commandés par l'Agha Ibrahim.
Le
14 juin, à 4 heures du matin, l'opération commença.
Le
point choisi était la baie de Sidi-Ferruch, à 25 kilomètres
à l'Ouest d'Alger. Cette baie présentait une plage de sable
d'abord facile, bordée de batteries de défense et flanquée
au Nord-est par la péninsule de Torretta Chica, portant une
tour carrée et un fortin.
En
une heure, toute la 1ere division eut débarqué et fut suivie de
la seconde.
Le
général de Bourmont prit terre à 6 heures 1/2 et ordonna
d'enlever les batteries.
Celles-ci,
prises sous le feu de l'artillerie navale dès le début de
l'opération, tombèrent aux mains de la brigade Poret de Morvan
(3B de ligne, 2e et 4e légers) à 11 heures.
En
fin de journée, les troupes françaises, qui avaient pris 13
canons et 2 mortiers, occupaient une position en arc de cercle
englobant la plage et la presqu'île.
Le
génie commença la construction d'un camp retranché.
Bien
qu'il eût hâte d'arriver au but, le général de Bourmont était
obligé d'être prudent. Le moindre échec pouvait être fatal.
Il fallait attendre le convoi laissé à Palma et transportant
le matériel de siège. Il n'arriva que le 28 Mai 1830. (le
général de Bourmont s'était plaint de cette lenteur dans une
lettre au ministre de la Marine).
Aussi les premiers
bonds en avant eurent-ils lieu sous forme de contre-attaques :
La première fut
effectuée le 19 juin et nous mena au plateau de Staouëli . Les
troupes de l'Agha Ibrahim avaient exécuté le 15 quelques attaques
du genre de celles de la veille, mais sans plus de succès.
Le
19, à la pointe du jour, elles attaquèrent sur tout le front :
A
l'extrême gauche de notre ligne, les assaillants marquèrent
quelques progrès et mirent un moment en péril la brigade
Clouet. Les combattants étant mêlés, les canons de la
flotte ne pouvaient intervenir.
C'est
alors qu'une brillante contre-attaque de la brigade Cobomb
d'Arcine ( 23ème et 29ème de ligne ), général en
tête, rétablit la situation et chasse l'assaillant. L'avance
était de quatre kilomètres. Nos pertes se montaient à :
44 tués et 473 blessés.
Le
24 juin, il attaqua de nouveau : Nos troupes le
refoulèrent et, progressant de huit kilomètres vers l'est,
s'arrêtèrent à Sidi Khalef. Un seul officier fut
blessé mortellement : était un des quatre fils du général
de Bourmont qui prenaient part à l'expédition.
Les
25, 26, 27 et 28 juin se passèrent en attaques incessantes contre
nos nouvelles positions encore insuffisamment assises sur le
terrain. L'Agha Ibrahim avait été remplacé à la tête des
troupes par le bey du Tittery, Mustapha Bou Mezrag, qui
passait pour plus énergique. Il devenait urgent d'en
finir.
Le 28, le général de
Lahitte annonça que son matériel était débarqué et disponible. Le général de Bourmont
fixa au lendemain l'attaque décisive. Nos troupes
occupèrent les hauteurs de la Bouzaréa, en fin de
journée, elles étaient à portée de canon de la Casbah
et devant le Fort l'Empereur, que le troupier, plein de
souvenirs récents, appelait déjà le Fort Napoléon.
La mise en place des batteries commença aussitôt et fut
achevée le 3 juillet 1830 au soir. Le 4
juillet 1830, le bombardement commença. A 700 mètres, il
fut rapidement efficace. A 8 heures, la forteresse cessa de
répondre. Le bombardement continua. A 10 heures, une
formidable explosion se produisit, détruisant la tour centrale et
crevant le front nord-ouest. Les occupants s'étaient
repliés sur la ville et avaient fait sauter le magasin à poudre.
Trois compagnies du 25ème de ligne se précipitèrent dans
le fort. Les batteries turques furent immédiatement
retournées contre la ville, et les travaux d'approche vers la
Casbah entamés. Au début de l'après-midi : un
secrétaire du Dey se présentait au Fort l'Empereur pour entrer en
négociation. Celle-ci fut menée rapidement, deux essais
d'intervention du Consul britannique étant écartés. Le
lendemain 5 juillet, le Dey acceptait la capitulation,
stipulant :
La
remise aux Français des forts et de la Casbah,
Le
respect des richesses personnelles du Dey et la faculté pour lui
et les siens de se retirer où bon lui semblerait,
Les
mêmes avantages pour les miliciens turcs,
Le
libre exercice de la religion musulmane pour les indigènes, ainsi
que le « respect de leur liberté, de leurs propriétés, de
leur commerce, de leur industrie, de leurs femmes ».
Le
jour même, les troupes françaises occupaient les forts et la
Casbah. Le nombre total des tués du corps expéditionnaire
depuis le débarquement s'élevait à 415.
Le 15 juillet, le Dey
Hussein s'embarquait pour Naples. Les Janissaires furent
transportés en Asie Mineure.
Le régime turc
avait cessé d'exister à Alger, entraînant l'effondrement de la
Régence, au moment où s' écroule en France la Monarchie
restaurée.
Occupation
restreinte ou conquête ?
Pendant dix ans (1830-1840),
le gouvernement hésite. Comment l'expliquer ?
Il faut tenir compte de
l'opinion : - Celle de l' Angleterre fort mécontente de cette
ingérence dans sa sphère d'action. - Louis-Philippe tient à
l'amitié anglaise. - L'incertitude se traduit par les
changement fréquent de gouverneurs. - De 1830 à 1834, on
occupe essentiellement les ports de la cote : Bône,
Bougie, Oran, Mostaganem. - Le reste du
pays est laissé sous le contrôle de princes maghrébins sur
lesquels la France espère exercer une suzeraineté,
mais auxquels elle s’affronte bientôt.
Le 4 janvier 1831 ,
prise d’Oran. En Juillet 1830 : Le fils du
Maréchal de Bourmont débarque à la tête d'une petite troupe,
au fort de Mers-el-Kébir. En Décembre, le
Général Damrémont occupe définitivement Mers-el-Kébir et arrive
à Oran par la montagne. Ce n'est que le 4 Janvier 1831 que
nos soldats font leur entrée dans Oran. Les Français se
trouvent en présence d'une ville divisée en trois parties
distinctes, enfermée dans une seule enceinte flanquée de forts.
En 1832, le recensement effectuait par le commissaire du roi
Pujol, indique une population de 3 800 habitants :
750
européens,
250
musulmans
2 800 israélites.
Malgré une épouvantable
épidémie de choléra en 1849, la ville va se développer
rapidement. L'entrée des troupes françaises à Oran le 4
janvier 1831 donna le signal d'une période d'anarchie. Le
bey d'Oran Hassan, s'était retiré, les tribus de l'intérieur se
précipitaient sur les garnisons turques. C'est exactement
trois semaines après, la prise d'Alger, le 26 juillet,
que l'Amiral De Rosamel recevait l'ordre de diriger son
escadre sur Bône où elle arrivait le 2 août 1830. Sans
coup férir, les troupes qu'elle transportait, et qui
étaient commandées par le Général Damrémont,
occupèrent la ville à la grande satisfaction des habitants tout
heureux d'être enfin débarrassés de la domination des Turcs.
Malheureusement, la Révolution de Juillet qui venait
d'éclater à Paris contraignit le Maréchal de Bourmont à
rassembler tous ses effectifs en Alger, afin de les tenir prêts à
intervenir, si cela était nécessaire en France. Les troupes
du Général Damrémont abandonnèrent donc, dès le 21
août 1830, la ville où elles venaient à peine de débarquer.
Un
an après, sur les instantes prières des notables de la ville de
Bône, le Général Berthézène qui avait succédé au
Maréchal Clauzel, fit occuper à nouveau la ville par une
compagnie de zouaves placée sous le commandement du
Commandant Huder et du Capitaine Bigot.
Mais la
précarité des forces françaises encouragea les adversaires de la
France à fomenter des troubles au cours desquels le Capitaine Bigot
fut tué. Quelques jours plus tard, le Commandant Huder était
lâchement assassiné à son tour. Le 11 octobre 1831, le
reste de l'expédition abandonnait, une seconde fois, la ville et
repartait pour Alger. Alors, les troupes du Bey de
Constantine, commandées par Agha Benzagouta, tentèrent de
s'emparer de Bône.
Les habitants s'opposèrent farouchement
au dessein d' Ahmed-Bey. Celui-ci, exaspéré par cette
résistance, mit à mort Agha Benzagouta et le
remplaça par Agha Ali Ben-Aïssa. il décida
de les réduire à la famine et effectua un blocus de la ville. Cet
état de choses durait depuis cinq ou six mois, lorsque le Général
Savary Duc de Rovigo, qui avait remplacé le
Général Berthezène, rendu responsable de la mort du
Capitaine Bigot et du Commandant Huder, voulut bien envisager une
nouvelle expédition sur Bône. Il décida d'entreprendre,
sans plus tarder, les préparatifs d'une intervention militaire pour
répondre au vœu des habitants de Bône. Il lui était
cependant, dans le moment absolument impossible, faute d'effectifs
suffisants, d'organiser un Corps Expéditionnaire. Cependant,
pour parer au plus pressé, il décida d'envoyer immédiatement à
Bône, le Capitaine d'Armandy qui devrait mettre au service
d'Ibrahim-Bey sa science et son expérience pour la défense de la
ville et à la disposition de la population affamée des vivres et
des denrées qu'il transportait avec lui sur la goélette « La
Béarnaise », sur laquelle il devait s'embarquer.
Le 23
janvier, « La Béarnaise » quittait donc Alger pour se rendre à
Bône ayant à son bord le Capitaine d'Armandy, le Capitaine
Yusuf et remorquant la felouque « Casauba » chargée de vivres. Le
convoi était commandé par le lieutenant de vaisseau Freart.
Cinq jours après, la goélette mouillait dans la baie des Caroubiers
où elle devait demeurer tout un long mois sur ses ancres.
Ben-Aïssa ayant appris la présence des deux officiers
français décida alors de brusquer les choses. Par une nuit sans
lune du début de mars, grâce à la complicité de soldats de
la garnison, il parvint à forcer la Porte er Rabba,
ou du Marché, et à faire pénétrer ses troupes dans la
ville dont il devint le maître pendant une quinzaine de jours.
Ibrahim demeurait figé dans sa Casbah, refusant toujours
obstinément de la livrer. Le 25 mars, Ben-Aïssa déclara
que si, dans les quarante-huit heures qui allaient suivre, la
citadelle ne s'était pas rendue à lui, il l'enlèverait, coûte que
coûte, de gré ou de force.
C'est ainsi que le 27 mars fut
choisi pour tenter l'aventure : Car c'était bien une
aventure que les deux officiers allaient courir. Il
leur fallait s'introduire dans la forteresse et en prendre le
commandement avant que les troupes de Ben-Aïssa ne vinssent
l'investir et sommer Ibrahim de se rendre, ce que
celui-ci se serait empressé de faire.
Le
27 mars, avant l'aube, d'Armandy débarquait avec vingt-six marins
de la « Béarnaise » sur la plage.
Yusuf
avait quitté le bord à deux heures du matin pour aller mettre en
place le dispositif qui devait permettre à cette petite troupe de
pénétrer furtivement dans la citadelle. Avec l'aide
d'un soldat de la garnison qu'il avait su gagner à sa cause, une
corde à nœuds avait été fixée à une embrasure de fenêtre,
du côté Nord-Est de l'enceinte.
D'Armandy et ses marins
qui formaient un total de trente et un hommes entreprirent leur
glorieuse montée, après une courte pause à la fontaine du
Prisonnier, la petite troupe parvint sous les murs de
la citadelle où Yusuf attendait.
Immédiatement, les
trente et un hommes, s'aidant de la corde à nœuds en place,
grimpèrent et pénétrèrent l'un après l'autre, dans la cour
intérieure du Fort où ils se rangèrent en bon ordre
silencieusement. Puis, lorsqu'ils furent tous rassemblés et
bien alignés sur deux rangs, Yusuf alerta la garnison qui dormait
encore. Les soldats Turcs, pourtant quatre fois plus
nombreux, furent littéralement affolés en voyant ces occupants
inattendus, si calmes et si décidés. Ils n'esquissèrent pas le
plus petit mouvement de défense ou de révolte. Yusuf
profita de leur complet ahurissement pour s'imposer à eux :
Leur
parlant dans leur langue, il leur commanda de se mettre en rang,
face aux marins de « La Béarnaise ».
Il
leur dit que désormais la Casbah était française,
Qu'on
allait y arborer le pavillon français,
que
la garnison passait, à compter de ce jour, à la solde de la
France.
L'Enseigne
de Cornulier-Lucinière, qui faisait partie de la petite troupe,
termine le récit qu'il fit des événements qui viennent d'être
résumés, par ces lignes : « Nous nous rendîmes au
balcon du Pavillon au-dessus de l'unique porte de la Casbah, le drapeau Turc qui y flottait fut amené et remplacé par
celui de la France. Ce changement fut salué d'un
coup de canon à boulet ».
Le
boulet de canon qui avait salué le drapeau de la France était
passé en sifflant sur la ville pour aller tomber dans le camp des
troupes de Ben-Aïssa, Il avait suffi pour faire comprendre à
celui-ci que la situation venait de changer et qu'il devait renoncer
à tout espoir de s'emparer de la Casbah et , de garder la ville.
Il décida donc immédiatement de décamper et de se retirer
vers Constantine. Mais avant de partir :
il
incendia la ville en grande partie
- Il fit razzier les
troupeaux dans les plaines environnantes par sa cavalerie.
Le 28 mars, le Capitaine
d'Armandy adressa au Général en Chef, Le Duc de Rovigo, ce
simple et noble compte rendu : « Général,
Nous sommes entrés dans la Citadelle de Bône, à la tête de
trente marins de « La Béarnaise ». Nous avons
pour auxiliaires cent-trente Turcs, dont un grand nombre nous exècre,
Nous avons pour ennemis, les cinq mille hommes de
Ben-Aïssa. Mais, nous n'en saurons pas moins
conserver la Citadelle à la France, ou y mourir ».
Le
Maréchal Soult, Ministre de la Guerre, en annonçant à
la Chambre des Députés, la prise de Bône avait donc
bien raison de dire : « C'est le plus beau fait
d'armes du siècle ».
le 29 septembre 1833 , prise de
Bougie. L'expédition de Bougie, organisée à
Toulon, est partie de ce port le 22 septembre 1833.
Sous
les ordres du général Trézel et de M. le capitaine
de frégate de Perseval, commandant la flottille.
Elle
arriva le 22, à la pointe du jour sur la rade de Bougie :
Le
défaut du vent, et la nécessité de ne s'avancer qu'en sondant
pour choisir les points d'embossage,
Donnèrent
le temps aux habitants de la ville qui occupaient les forts,
et
aux Kabaïles des environs, de se préparer à la résistance.
Les cinq forts tirèrent
presque en même temps sur la flottille. Mais le feu de nos
bâtiments, par sa vigueur et sa précision, eut bientôt éteint
presque entièrement celui des forts. A dix heures du matin,
les troupes furent remorquées sur le rivage, à leur approche, un
feu de mousqueterie atteignit les premières chaloupes, plusieurs
militaires furent grièvement blessés.
La
troupe se dirigea sur le fort d'Abd-el-Kader,
Le
général Trézel suivait immédiatement les premières chaloupes,
pour diriger les colonnes. Mais en prenant la terre, il trouva
les troupes déjà lancées par leurs officiers vers une hauteur.
Le
capitaine Lamoricière déjà engagé, dans les sinuosités qui
conduisent à la Casbah et au fort Moussa.
Le général Trézel
monta vers ce dernier fort qui domine toute la ville, et dont la
possession était extrêmement urgente, avec les premières troupes
qui débarquèrent après lui.
Au moment où il y parvint,
les capitaines Lamoricière et Saint Germain s'en étaient déjà
emparés. Le soir, on comptait une
vingtaine d'hommes tués et environ 50 blessés.
Le 30
septembre 1833. A la pointe du jour, le général Trézel
visita les postes de la partie gauche, inquiétés par les Kabaïles
embusqués dans quelques groupes de maisons, il les fit renforcer par
une pièce d'artillerie du fort Moussa.. Cette pièce,
escortée par une compagnie d'infanterie, fût arrêtée un moment
par le feu des Kabaïles, mais le capitaine Gibert courut sur
l'ennemi avec une partie de sa compagnie, le mit en fuite. Des
chaloupes furent employées à balayer la côte de l'ouest, par
laquelle arrivaient continuellement des combattants Kabaïles qui
avaient établi un camp près d'une tour en pierre, située à une
demi-lieue de distance de la ville.
Le 1er octobre 1833.
Dans la matinée, les Kabaïles firent une attaque fort vive
sur les parties faibles de nos positions.
Le
général Trézel s'y porta sur le champ, et ordonna de faire
sortir du fort Moussa une colonne qui prit l'ennemi à revers.
Une
deuxieme colonne se posta vers la tête du grand ravin qui coupe la
ville en deux.
Le
capitaine Lamoricière parvint à s'emparer, avec ses deux
compagnies, d'un marabout situé à la tête du ravin.
Malgré
le feu de l'artillerie de la Casbah, du fort Moussa et d'une
batterie de deux obusiers de montagne les Kabaïles maintenaient
jusqu'à ce qu'on les eût atteints ou dépassés. Leur perte a
été considérable, à en juger par le nombre des leurs restés sur
la place, ils ont dû avoir 200 morts et au moins autant de
blessés. Les combattants étaient fournis par huit tribus,
savoir :
Mazeya,
Toudja,
Beni-lsmaël,
Kebouch,
Ouled-Amzalis,
Fenaya
et
Bakorn.
La
marine a combattu avec les troupes de terre.
Nous
avons à regretter dans ce combat, six hommes tués et 43
blessés, parmi lesquels trois officiers, MM. Amiot,
Vuillet, Poncet.
Le
général Trézel a été atteint d'une balle à la jambe,
mais assez légèrement pour avoir pu continuer de monter et
descendre les hauteurs sur lesquelles l'action s'est passée.
Le
2 octobre 1833. Les Kabaïles avaient conservé leur
position près de la tour en pierre, à demi-lieue de la ville.
Le
colonel Petit-d'Auterive s'établit dans la nuit, avec ses
troupes dans les ruines de l'ancienne enceinte de la place.
Le
capitaine de Lamoricière fit exécuter par un détachement de
sapeurs, les ouvrages nécessaires à la défense.
Cela fut fait avec tant de diligence que, dès le matin,
tout le monde était à couvert, et que l'ennemi ne
pouvait plus franchir les ruines.
L'artillerie fit
également, dans la nuit, un bon retranchement pour
défiler la batterie de la hauteur de Bridja, de la vue que
l'ennemi conservait sur ce point.
Les
Kabaïles ne revinrent pas en aussi grand nombre ni avec la même
fureur que la veille. Ils étaient environ 1.500 à 2.000
hommes. Ils se bornèrent à entretenir un feu de mousqueterie
des points où ils se trouvaient encore en sûreté, et d'où ils
découvraient nos batteries et nos postes.
Vers
sept heures du matin, les Kabaïles ayant tiré
quelques coups de canon de la batterie dite :
Borje-el-Hommar, située au nord-est et à l'extrémité de la
ville.
On
les en délogea. Le général Trézel envoya une vingtaine de
marins achever d'enclouer ou de jeter en bas les deux pièces qui
étaient restées sur ce point, une heure après, ils étaient
rentrés ayant exécuté cet ordre.
Le
capitaine de Lamoricière et le lieutenant du génie Mangin
poussent les ouvrages de défense du côté de l'ouest.
Dès lors tout espoir
de rentrer à Bougie est enlevé aux Kabaïles, qui tenaient cette
ville sous leur rude domination.
Ainsi
se trouve assurée la conquête de ce point important, comme débouché
de commerce intermédiaire entre Bône et Alger, et comme le meilleur
mouillage de la côte d'Afrique. Le capitaine de frégate de
Parseval, commandant la marine de l'expédition, a puissamment
contribué a ce brillant succès, par les excellentes dispositions
qu'il a prises, et par la coopération de tous ses bâtiments et de
leurs équipages. Dubourdieu sur le Cygne se distingue durant
l’opération Malgré la résistance farouche des Kabyles,
la ville, attaquée par la mer, est conquise.
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