YVES CLAVEYROLLES
DOCUMENTS HISTORIQUES OU D'ARCHIVES
ACHATS  -  VENTES

        


UN PEU D'HISTOIRE
POUR SITUER LE CONTEXTE DES DOCUMENTS


Le 14 juin 1830, les troupes françaises débarquent près d'Alger en vue d'une petite expédition punitive destinée à restaurer le prestige du gouvernement.La ville et le territoire de l'Algérie actuelle sont alors sous la suzeraineté théorique du sultan d'Istamboul depuis trois siècles sous le nom de ''Régence d'Alger'' .
Dans les faits, l'intérieur du pays est livré à l'abandon, insoumis et réticent à l'islamisation. Le territoire compte environ trois millions d'habitants (contre 36 millions pour la France de la même époque).
La conquête française, si lourde de conséquences pour la France comme pour l'Algérie, résulte d'un imbroglio dérisoire.
En 1798, le gouvernement du Directoire achète du blé à laRégence d'Alger pour les besoins de l'expédition du général Bonaparte en Égypte. Le blé est financé par un emprunt de la France auprès de familles juives d'Alger. Celles-ci demandent une garantie du dey qui gouverne la ville.
En 1827, le dey d'Alger, Hussein, frappe «du manche de son chasse-mouches» le consul de France Deval (Alexandre Constantin Deval 1796-1839), un affairiste qui refuse non sans insolence de s'engager sur le remboursement du prêt.
Le président du ministère français, Villèle, demande réparation au dey pour l'offense faite à son consul mais n'obtient aucun semblant d'excuse.
Prise d'Alger :
Les troupes françaises débarquent sur la plage de Sidi Ferruch, à 25 km d'Alger. Pendant ce temps, la flotte bombarde les défenses de la ville, en particulier la citadelle de Fort-l'Empereur, ainsi nommée en souvenir de Charles Quint !
Le dey capitule enfin le 5 juillet, après plusieurs jours de difficiles combats contre les troupes turques qui feront 415 tués et 2160 blessés dans le corps expéditionnaire.
48 millions de francs prélevés dans son trésor permettent de couvrir les frais de l'expédition. Les soldats français se livrent quant à eux à une mise à sac de la ville qui ternit leur victoire.

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L’affaire d’Alger et la chute de la Monarchie.

L’affaire d’Alger

Voyons comment se pose cette affaire algérienne au point de vue diplomatique. Au moment où Polignac a pris le pouvoir, l’affaire est engagée depuis longtemps puisque l’insulte dont nous cherchons la réparation faite au consul de France Deval est du 29 avril 1827. on a cherché d’abord plusieurs solutions : le ministre de la Marine, Clermont-Tonnerre, avait alors proposé une expédition, mais elle avait été écartée par Villèle au mois d’octobre 1827, de même qu’avait été écarté par Martignac un projet de conquête et de pénétration pacifique qui était mis sur pied par un négociant de Marseille, Roux. On s’était borné alors à faire le blocus d’Alger, que le Roi, dans son discours du trône de février 1828, avait déclaré qu’il serait poursuivi jusqu’à satisfaction. En réalité, ce blocus se montrait inefficace et le Dey d’Alger n’avait pas cédé. On avait envoyé au début d’août 1829 une mission d’un diplomate officier de marine accompagné par un bateau de guerre, « la Provence », mais au moment où ce diplomate, La Bretonnière, quittait Alger, son bateau avait reçu des coups de canon des forts d’Alger, ce qui avait encore, par conséquent, accentué la tension des deux gouvernements. Il était donc nécessaire d’en sortir. L’idée de Polignac était toujours de chercher un succès extérieur qui consoliderait sa situation intérieure. La Russie l’encourageait à agir : le Tsar disait à Mortemart que la France devrait faire cesser ces brigandages des pirates et de façon définitive, que la Russie appuierait toutes les tentatives de la France et le Tsar ajoutait : «
En tout cas, quelle que soit la décision du Roi à cet égard, je l’approuve ; vous pouvez être sûr que le l’appuierai de toute mon influence » (8 octobre 1828).

Ainsi, la France est assurée de la complaisance de la Russie ; la Russie ne demande pas mieux que de favoriser l’influence française en Méditerranée, car ce sera toujours forcément une influence qui travaillera contre l’Angleterre. A l’origine, l’affaire d’Alger n’apparaît que comme une annexe à la politique arabe et méditerranéenne de la France et elle se développe comme un épisode de l’intimité de la France avec l'Égypte. Cette intimité allait en effet grandissant ; le nouveau consul qui remplaçait Drovetti à Alexandrie, Mimaut, recevait de Méhémet-Ali les assurances les plus formelles, en juillet 1829, que la politique du Pacha se concerterait en toutes les questions avec la politique de la France. Méhémet-Ali avait ds ambitions ; elles avaient été déçues en Grèce puisque la Morée avait été perdue pour les Turcs alors que le gouvernement de la Morée devait constituer la récompense d’Ibrahim. Les ambitions de Méhémet-Ali ne sont pas encore orientées vers la Syrie, comme elles le seront dans les années suivantes ; c’est du côté de l’Ouest, de concert avec la France, qu’il songe à développer son influence, et il propose au gouvernement français, au mois de septembre 1829, de se charger lui-même de l’affaire algérienne ; il fait valoir la connaissance qu’il a du pays, les rapports qu’il en reçoit ; il fait valoir d’autre part qu’une entreprise faite par la France serait très difficile, qu’elle ne réussirait, et encore parce que ce seraient des Français, qu’avec 40 000 hommes de troupe, tandis que lui-même avec sa position en Afrique, les moyens de réussir que lui assurerait la communauté de religion, il pourrait régler la question à meilleurs frais. Il propose donc à la France de mettre fin à l’affaire d’Alger et Charles X et Polignac adoptent cette idée. Mais pour que Méhémet-Ali puisse faire l’expédition, il faut qu’il en ait l’autorisation du Sultan, puisqu’il n’est qu’un Pacha du Sultan : le gouvernement français est ainsi amené à négocier à Constantinople pour obtenir le firman qui autorisera Méhémet-Ali à diriger une expédition sur Alger et des instructions sont envoyées dans ce sens, au mois d’octobre 1829, à Guilleminot : on lui explique que la combinaison serait avantageuse parce que, ainsi on ne compromettrait pas l’honneur de nos armes contre un ennemi qui n’est pas digne de nous. Seulement la Porte fait des difficultés à cette combinaison. L’Angleterre, naturellement, agit sur la Porte pour l’amener à refuser l’autorisation au Pacha. Au conseil des ministres français, lorsque Polignac présente la question, le ministre de la Guerre et le ministre de la Marine en particulier s’élèvent contre une pareille combinaison, mais Polignac n’en tient aucun compte et, au Conseil du 19 novembre, le Roi, sans écouter les objections des autres ministres, signe le projet de traité de Polignac avec Méhémet-Ali. Méhémet-Ali se déclare prêt à agir, même sans autorisation du Sultan. Il mettra dans l’affaire 40 000 hommes, seulement, il demande qu’on lui avance vingt millions, qui seront remboursés dans les quatre ans et qu’on lui accorde quatre vaisseaux de ligne, armés de quatre-vingt canons ; il semble que Méhémet-Ali, comme le consul le soupçonne, ait eu l’idée de se constituer ainsi une bonne flotte en Méditerranée. Le projet est annoncé aux ambassadeurs, d’abord officieusement, puis officiellement, au mois de janvier. L’objet est défini par Polignac : il s’agit de garantir de la manière la pus solennelle la conversation des privilèges dont les nations européennes jouissaient sur les côtes d’Afrique, tout en établissant de concert avec la France, le principe que, sauf les droits antérieurs acquis et existants, « toutes les nations y seront traitées sur le même pied de la plus parfaite égalité ». Ainsi la combinaison de Polignac est de rouvrir la côte d’Afrique du Nord au commerce libre de toute l’Europe et non pas d’y chercher un privilège particulier pour la France. Le projet de Polignac et de Méhémet-Ali souleva en France une telle opposition et une telle ironie dans tous les journaux et les exigences de Méhémet-Ali étaient telles que, finalement, le projet fut abandonné. C’est, en effet, le 31 janvier que la France se décida à faire elle-même l’expédition, au lieu de la confier au Pacha d'Égypte, et, dans les premiers jours de février, on commence les études pour l’expédition : le 7 février, des instructions sont envoyées pour préparer l’expédition. Mais quel est l’objet envisagé pour cette expédition ? Polignac n’envisage pas un intérêt français exclusif, encore moins l’idée d’une conquête française et d’un établissement de la France sur la côte d’Alger : il offre à l’Angleterre de participer à l’expédition par des contingents britanniques. Dans une circulaire du 12 mars aux ambassadeurs, il dit : « Notre but est un but d’humanité ; nous poursuivons, outre la vengeance de nos propres injures, l’abolition de l’esclavage des chrétiens, la destruction de la piraterie, la suppression des humiliants tributs que les États européens payent à la Régence » et, par la suite, la France se concertera, dit-il, avec ses alliés pur le règlement du nouvel ordre des choses à établir à la place de la Régence.

Quand les préparatifs sont déjà fort avancés, une nouvelle circulaire, le 7 avril, indique l’importance de cette expédition – 35 000 hommes – donne le nom des chefs qui sont désignés, le général de Bourmont, qui commandera l’expédition, donne l’importance des bateaux et déclare que tous les préparatifs seront terminés dans un mois, que les Français sont unanimes sur l’objet de l’expédition, que la politique royale est parfaitement désintéressée : elle l’a prouvé depuis quinze ans, elle est intervenue en Espagne pour arracher l’Espagne aux désordres de la révolution, mais non pas pour y chercher un intérêt personnel, elle est intervenue en Grèce pur arracher une population chrétienne aux Turcs et elle n’a pas cherché de privilèges personnels ; ici, ce sera la même chose : elle veut délivrer le commerce européen de la piraterie barbaresque, au profit de tout le monde. Les instructions envoyées aux ambassadeurs sont d’insister sur le côté européen, international de notre objectif. Au début de mai, au moment où les défiances de l’Angleterre se font de pus en plus acerbes, Polignac réaffirme encore à toutes les puissances le désintéressement de la France. Dans une circulaire du 12 mai, il invite même les puissances à munir leurs ambassadeurs d’instructions pour discuter avec le gouvernement français du régime que l’on établirait en Algérie après le renvoi du Dey. Ainsi, la France prétend faire cette expédition d’une façon parfaitement désintéressée et en servant les intérêts de toute l’Europe.

L’attitude des puissances fut naturellement assez différente : approbation chaleureuse des Russes ; Nesselrode l’indique à son ambassadeur dès le 28 mars et, officiellement, l’Empereur déclare que tous ses voeux accompagnent l’expédition française ; il décide même d’attacher un officier de son quartier-général auprès de l’expédition et de faire rechercher à Saint-Pétersbourg, dans les archives russes, tous les documents, toutes les cartes qui pourraient favoriser l’expédition française. Il accepte le point de vue français : «
La France peut compter sur le constant appui d’un allié sûr dans les développements ultérieurs que prendra cette question lorsque le succès aura couronné les armes de Sa Majesté ». Il rend à la France le service d’assurer l’assentiment du gouvernement prussien, grâce à l’influence qu’il a sur Frédéric III.

L’attitude de l’Autriche est influencée par celle de la Russie et de la Prusse. A l’origine, l’Autriche avait été assez défiante et assez disposée à soutenir le point de vue anglais ; il ne contrecarrera pas l’expédition française, mais il reste sceptique sur le désintéressement de la France ; il considère qu’il est difficile de s’imaginer qu’on fasse une telle expédition, de tels préparatifs, si on ne veut pas en tirer un résultat personnel ; il pense qu’au moins la pensée du roi, à défaut d’établissement sur les côtes d’Afrique, est de fortifier  sa situation à l’intérieur par le développement et le succès de cette expédition. Vous voyez, par conséquent, du côté des puissances continentales, en définitive, ou bien approbation, ou bien pas de difficultés.

Mais, au contraire, l’opposition de l’Angleterre fut immédiate et de plus en plus vigoureuse. Polignac s’obstine, malgré l’opposition anglaise, persuadé d’ailleurs que les Anglais ne pousseront pas plus loin que de formuler des objections, et d’ailleurs persuadé aussi de la situation intérieure de l’Angleterre qui est en train de se débattre dans des questions de discussions de la réforme électorale, ne lui permettra pas, même si elle le voulait, d’agir. Dès que l’Angleterre a connu la décision française, elle s’est efforcée d’intervenir, le ministre des Affaires étrangères, Aberdeen, auprès de l’ambassadeur français Laval, dès le 3 mars, l’ambassadeur anglais , Stuart, à Paris, auprès de Polignac.

Ils veulent bien croire au désintéressement de la France,mais, disent-ils, nous avons besoin d’avoir entre les mains un document qui nous mette en mesure de répondre au Parlement que nous pouvons être pleinement rassurés sur les intentions de la France. Même après la circulaire du 12 mars, Wellington réclame encore au duc de Laval un engagement écrit de désintéressement, avant même le départ de l’expédition. Le gouvernement français ne veut pas prendre cet engagement et se dérobe en invoquant les déclarations officielles qu’il a faites. Après la circulaire du mois d’avril et devant l’ampleur des préparatifs faits par laFrance, les soupçons d’Aberdeen recommencent : « Nous ne pourrons admettre une occupation qui pourrait se prolonger pendant plusieurs années », dit-il le 21 avril, et il décide de réclamer à nouveau un engagement formel. Il multiplie les démarches pressantes et réitérées de l’ambassadeur d’Angleterre près de Polignac, qui répond toujours en renvoyant aux informations générales qu’il a données. L’ambassadeur, alors, essaye d’agir auprès du ministre de la Marine, le baron d’Haussez ; il lui réclame communication des instructions qui ont été envoyées à la flotte française ; mais le ministre français lui répond : « Milord, je n’ai jamais souffert que même vis-à-vis de moi, simple individu, on prit un ton de menace ; je ne souffrirai pas davantage qu’on se le permette à l’égard du gouvernement dont je suis membre. Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas traiter l’affaire diplomatiquement ; vous en trouverez la preuve dans les termes que je vais employer : la France se F… de l’Angleterre » et il défie l’opposition anglaise en lui donnant le programme de marche de l’escadre. Le ministre anglais Aberdeen continue d’insister auprès de Laval « avec des expressions fortes et peu ménagées » dit-il. Mais le gouvernement de Polignac ne veut pas aller plus loin, il ne veut pas faire aux Anglais une situation à part ; il s’en explique franchement : il a donné des assurances générales à l’ensemble des puissances, il n’a pas à en donner de particulières à l’Angleterre ; il ne veut pas reconnaître à l’Angleterre un intérêt particulier dans la question ; qu’elle se contente des mêmes déclarations qui ont été faites à toutes les puissances. Zen définitive, l’Angleterre essaye alors de faire agir la Turquie. Elle persuade le Sultan d’envoyer des bateaux pour s’interposer, au nom de la suzeraineté des Turcs sur l’Afrique du Nord. Talaat-Pacha, à la tête d’une escadre quitte Constantinople le 25 avril 1830. Mais le gouvernement français intervient vigoureusement près du Sultan et déclare qu’on va barrer la route à l’escadre turque et qu’il n’admet pas l’intervention de la Turquie dans l’Afrique du nord. Le brut court même, au mois de mai, que l’escadre anglaise faisait des mouvements en Méditerranée, qu’elle allait être renforcée, et un article du Times énuméraitles forces anglaises en Méditerranée ; mais Aberdeen déclara qu’il n’était pas question pour l’Angleterre de faire de démonstration militaire. Au milieu de juin c’est-à-dire à la veille du départ de l’escadre française de Toulon, Polignac renouvelle ses déclarations antérieures : il traitera l’affaire avec toutes les puissances ; c’est pourquoi il a écarté les demandes spéciales de l’Angleterre et il écarte également celles de la Turquie : « Pour notre part, nous ne désirons que liberté et sûreté pour notre commerce et que nos établissements sur la côte d’Afrique soient dorénavant à l’abri de toute insulte et de toute violence ; l’abolition de la piraterie, de l’esclavage et la cessation des tributs honteux que le Dey imposait aux puissances sont d’un intérêt commun à toute l’Europe ».

La flotte débarqua le corps expéditionnaire à Sidi-Ferruch le 14 juin ; les troupes du Dey furent battues à Staouéli le 19 ; le Fort l’Empereur que dominait Alger, fut pris le 4 juillet et la ville et le Dey capitulèrent le 5 juillet.

Qu’allait-on faire de cette conquête ? Polignac ne songe pas à la garder. Malgré l’immense joie du roi et du gouvernement français, Polignac déclare à l’ambassadeur d’Autriche Apponyi, le 12 juillet : « Je vous le répète, nous ne voulons pas garder Alger. Nous n’y laisserons nos troupes qu’aussi longtemps qu’il le faudra pour assurer nos intérêts particuliers, savoir l’indemnité pour nos frais de guerre et la réorganisation de nos établissements commerciaux sur la côte d’Afrique. Nous ne ferons rien sans nous entendre avec nos alliés et sans les inviter à prendre part à nos délibérations », et il propose une conférence à Paris à cet effet. Il déclare même au prince Esterhazy : « Je veux faire revivre la Quintuple Alliance ; c’est mon secret et vous en apprendrez bientôt quelque chose ». Et Rayneval a reçu même de Polignac un projet de partage de cette Afrique du Nord qui en ferait quelque chose d’international : l’Autriche recevrait la ville de Bône, la Sardaigne Stora, la Toscane Girgelli, Naples Bougie, l’Espagne Oran, le Portugal Ténès, l’Angleterre Arzeu, la France probablement La Calle et ses anciennes possessions. Ainsi, tous les États méditerranéens seraient associés avec les puissances maritimes à l’occupation des ports de la côte algérienne. Polignac charge Guilleminot, le 17 juillet, d’offrir au Sultan Alger proprement dite et ses dépendances, moyennant la remise de Bône et l’assurance de la sécurité des concessions françaises. Vous voyez qu’il ne faut pas donner à Polignac et à Charles X le mérite d’avoir préparé les établissements français d’Afrique ; ils ne songeaient pas à un établissement définitif, à une conquête de l’Algérie par la France.

La chute de la Monarchie

Cette division des puissances vis-à-vis de la France sur la question d’Alger se retrouve dans leurs positions vis-à-vis des questions intérieures de la France même. La situation du ministère s’est aggravée dans l’opinion au fur et à mesure que les mois passaient. Les mêmes divergences de vues entre la Russie, l’Autriche et l’Angleterre sur les questions intérieures françaises se révèlent que sur la question extérieure, seulement avec des positions inverses : c’est l’Autriche qui soutient le ministère Polignac, c’est la Russie qui essaie de le détourner de sa ligne politique, l’influence de Pozzo di Borgo s’exerce en sens inverse de celle d’Apponyi. Apponyi, ministre d’Autriche, a des entretiens continuels avec Polignac ; dès l’origine, Metternich emploie tous les moyens pour obtenir de Polignac un changement de la loi de presse et de la loi électorale. Le soupçonneux Pozzo di Borgo signale même à son gouvernement, le 27 novembre 1829, que l’Autriche semble encourager les éléments bonapartistes en France, qu’on envoie de Vienne et qu’on distribue en France des portraits du duc de Reichstadt, qu’il y a là peut-être une agitation qui permettrait une action étrangère, que d’autre part l’Autriche encourage « les ultras les pus effrénés, les Jésuites et les prêtres ».

Metternich, en effet, conseille à Polignac de dissoudre la Chambre ; il écrit à Apponyi, le 17 septembre 1829 : « La France a besoin d’une troisième restauration » et il assure Polignac de son appui discret contre la faction libérale et anti-monarchique. Au contraire, Pozzo di Borgo multiplie les conseils de modération, Metternich présente Pozzo di Borgo comme l’agent des libéraux et comme travaillant à vouloir faire revenir au pouvoir un ministère Molé et Pasquier. Pendant tout l’automne et tout l’hiver, Metternich répète ses conseils ; lui et l’Empereur assurent Rayneval que si Polignac est menacé, ils feront tout pour l’appuyer, directement ou indirectement. Mais d’ailleurs Polignac n’a pas besoin de ces encouragements : son optimisme et imperturbable ; il est persuadé de la vertu de l’énergie pour rallier à lui tout le pays : « Nous venons d’en faire l’expérience par l’effet qu’ont produit les paroles énergiques du discours de la Couronne dans toutes les provinces de France ; il a été prodigieux en le lisant, tout le monde s’est écrié : Charles X parle en roi, il veut maintenir ses droits, eh bien, nous sommes prêts à l’aider et à le défendre contre quiconque osera l’attaquer ». Vous savez combien l’illusion de Polignac était grande, puisque, au contraire, l’unanimité de l’opinion française se faisait, sauf le groupe des ultras, contre la politique du Roi.

Après l’adresse des 221, les conseils de Metternich sont de plus en plus pressants de recourir à une politique extra-légale ; les Autrichiens excitent le plus possible Polignac à faire un coup d’état ; il faut, disent-ils, « mettre la France à l’unisson des autres pays d’Europe ». Apponyi gourmande les ministres, leur reproche leurs hésitations, en même temps que Metternich fait campagne auprès des autres gouvernements pour leur représenter que la France court les plus grands dangers si le gouvernement n’agit pas vigoureusement.

Cette action de l’Autriche est dénoncée par les journaux français d’opposition, en particulier le Journal des Débats qui s’élève contre cette intrusion par l’ambassadeur d’Autriche dans les affaires de France.

La poussée de Metternich est telle que les inquiétudes vont grandissant à Saint- Pétersbourg. Nesselrode informe Pozzo di Borgo que le Tsar voudrait le maintien de la tranquillité intérieure en France et qu’il voit cette tranquillité compromise : « Sa Majesté désire le repos et le bonheur de la France, elle désire par conséquent le triomphe d’une sage modération ; elle désire que la France en soit convaincue ». Et on lui donne comme instruction de prêcher la réconciliation aux partis et la modération au gouvernement. Le Tsar dit lui-même à l’ambassadeur Mortemart : « Si, dans l’unique but de soutenir un ministère formé sans nécessité et dont les talents sont loin d’avoir justifié le choix, Sa Majesté Très Chrétienne adoptait des mesures subversives de la Charte, l’empereur ne se croirait nullement obligé de lui offrir un appui dont le maintien de cette même Charte a toujours été une des premières conditions aux yeux des Grandes Puissances ».

D’autre part, le soutien que l’Angleterre refuse à Polignac dans sa politique orientale et africaine prête aux intrigues de Talleyrand des possibilités d’intervention qui font naître un parti orléaniste. Ainsi, la position des puissances vis-à-vis de Polignac est complexe : ces positions sont imbriquées, contradictoires, selon la question qui se pose, extérieure ou intérieure ; tandis que dans la politique extérieure la Russie, comme vous le voyez, appuie directement le gouvernement français, en politique intérieure au contraire, elle s’épouvante et essaye de contrecarrer la politique exagérée de Polignac.

Le coup d'État, la publication des Ordonnances, fut une surprise pour tus les représentants des puissances à Paris. Polignac et Charles X avaient manigancé leur affaire dans le plus grand secret et même les plus convaincus partisans de Polignac ne croyaient pas que l’on en viendrait là. Apponyi afficha aussitôt sa confiance dans cette politique d’énergie :

le 26 juillet, le jour même de la publication des ordonnances, il écrivait : « J’ai la conviction qu’il (Charles X) réussira complètement. En France, plus que dans tout autre pays, la ferme volonté du pouvoir est toute puissante et irrésistible ». D’ailleurs Polignac lui a dit qu’il a pris toutes les précautions, qu’il n’y a rien à craindre. Metternich exulte, car il voyait avec crainte la contagion du mouvement français libéral sur l’Allemagne, et il avait même fait des représentations à la Bavière qui tolérait l’entrée des journaux français dans son royaume. Au contraire, c’est une stupeur en Russie : Polignac affirmait à Pozzo di Borgo qu’il avait toujours blâmé les mesures extra-légales et qu’il en était éloigné plus que personne au moment même qu’il préparait ses Ordonnances. Le 13 juillet, Pozzo avait eu un entretien avec le Roi pour le mettre en garde contre les imprudences et, le même jour, le Tsar avait donné un avertissement au duc de Mortemart. On était donc, à l’ambassade russe comme à Saint- Pétersbourg, dans l’ignorance totale de ce qui se préparait, et la publication des Ordonnances a été un coup de foudre. Pozzo di Borgo fit immédiatement une démarche près de Polignac et du roi pour leur dire sa consternation et les appréhensions où il était d’une réaction violente ; mais il les trouve absolument confiants et il est obligé de se retirer, persuadé qu’on va à une catastrophe.

Ainsi, à la fin de la monarchie de la Restauration, nous retrouvons les mêmes efforts des puissances pour intervenir dans la politique française, pour se mêler des affaires intérieures de la France, qui nous avons vus de 1815 à 1818. Le sentiment de tous, en Europe, c’est que les Bourbons n’ont pas su s’enraciner dans le pays, que leur règne reste précaire, qu’on est à la veille d’une crise dont les répercussions peuvent affecter l’Europe entière.

Seulement le remède que proposent les puissances est différent : la Russie propose un retour au libéralisme, l’Autriche un raidissement de l’autorité ; quant à l’Angleterre, elle est tellement mécontente de l’indépendance de Charles X et de Polignac que la question grecque et sur la question d’Alger qu’elle se félicite de toutes les difficultés qui peuvent surgir. Le résultat de la politique étrangère des dernières années de la Restauration est cependant satisfaisant : la France a reconquis depuis 1828 l’indépendance de sa politique et son influence en Europe ; elle a affirmé sa puissance en Méditerranée, par son accord intime avec l'Égypte, par le secours qu’elle a donné à l'État grec pour se constituer, et enfin par cette expédition d’Alger qui vient de réussir. Évidemment, Polignac a fait preuve d’incertitude, beaucoup plus que La Ferronnays ; il s’est embarqué dans des chimères, soit ce projet de partage de l’empire ottoman avec remaniement de l’Europe de l’ouest que nous avons vu, soit cette idée d’un règlement international de l’affaire d’Algérie, mais il n’a pas compromis les résultats que La Ferronnays avait obtenus et, sans le savoir, sans le vouloir, il a ajouté à la grandeur future de l France, un élément nouveau par cette prise de possession de la France en Algérie.

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Jusqu'en 1830, les relations maritimes de la Régence d'Alger avec les autres nations se sont poursuivies sous le signe de la piraterie. Pays de production médiocre, l'exportation normale se limitait aux cuirs, aux laines, à la cire, aux plumes d'autruche, rarement aux grains. Nombre de ces marchandises arrivaient de l'intérieur apportées par des caravanes dont la régularité était commandée par l'état et l'insécurité des pistes. Le tout était de quantité et de valeur généralement inférieures aux objets importés. Ces transactions normales étaient, pour la régence, d'un faible revenu. De là, pour les Barbaresques, la nécessité d'assurer - nous serions tentés de dire leur matérielle - en levant de façon permanente des contributions extraordinaires sur les pays plus riches


Cette situation donnait aux relations algéro-européennes un caractère particulier. Des navires de toutes nations qui apportaient des marchandises à Alger, le plus grand nombre n'était pas à destination de cette ville. De même, la presque totalité des Européens qui débarquaient à Alger n'avaient pas eu, en partant, cette intention. Ceux-ci et celles-là avaient été, en cours de voyage, déroutés sur la Régence par les corsaires.
Les choses se passaient toujours de la même façon. En Méditerranée ou sur les côtes de l'Atlantique, un paisible navire qui suivait lentement sa route à destination de quelque port d'Espagne, de France ou d'Italie, voyait apparaître tout à coup une goélette ou un chebeck bons marcheurs qui l'arraisonnaient sous la menace de leurs canons. Les navires appartenant à des nations en paix avec la Régence avaient beau produire des papiers en règle ; le Consul de Kercy a énuméré les vingt moyens que les raïs pratiquaient pour les trouver en défaut. L'équipage peu nombreux se gardait de résister et les passagers n'avaient pas d'autre idée que de dérober leur or et leurs bagages les plus précieux à la curiosité des pirates. Précautions dérisoires. La cargaison du bateau capturé était reconnue, les prisonniers fouillés avec soin et rudesse et parqués à fond de cale.
Finalement, choses et gens arrivaient à Alger, ville de réputation fâcheuse. Là, tout était mis à l'encan et le produit de la vente partagé suivant un barème équitable entre les parties prenantes : tant pour le beylick, tant pour le raïs et son équipage, tant pour les Maures ou les Juifs qui avaient commandité la course. Des marchandises ainsi capturées, les Algériens gardaient pour eux les bois de construction, les armes, les munitions, les tissus. Le reste était mis en vente et racheté par des commerçants européens établis à Alger, directement ou par l'intermédiaire des Juifs et réexporté en Europe. Parmi ceux qui pratiquaient les transactions de cette sorte figuraient des agents de divers consulats. Dans cette affaire tout le monde était satisfait, sauf le propriétaire légitime qui, fait prisonnier avec sa cargaison destinée à Marseille, Livourne ou Naples, la voyait ainsi disperser sur la place d'Alger.
Quant aux prisonniers exposés au marché, les Barbaresques s'efforçaient de discerner quels étaient ceux dont il pourraient exiger une forte rançon. Par des questions insidieuses, et aussi par la bastonnade, ils parvenaient à identifier les gens de qualité. Après que le beylick s'était réservé la part du lion, le restant du lot était mis aux enchères. Les uns étaient achetés par des particuliers qui s'efforçaient de tirer d'eux le meilleur parti. Leur existence matérielle - l'accoutumance une fois acquise - n'était pas précisément misérable. Le maître n'avait aucun intérêt à diminuer, pour de mauvais traitements, le rendement d'un esclave qui travaillait et dont il pouvait toujours espérer tirer rançon; le commerce des métis issus des chrétiens et des femmes du pays était aussi d'un bon rendement.
Les autres s'entassaient dans les bagnes du beylick où ils vivaient dans la misère et l'abjection. Leur seule espérance était dans la venue de quelqu'un de ces religieux voués au rachat des captifs. Les Pères, nantis des aumônes de la chrétienté, parvenaient, après des marchandages acharnés, à en rédimer un certain nombre. Ils débarquaient dans quelque port chrétien au chant des cantiques. Les récits que d'anciens esclaves ont écrit de leur captivité, ceux que les Pères de la Merci nous ont laissés de leurs rédemptions sont les premières manifestations de la littérature touristique nord-africaine.
Ainsi nous apparaît, avant 1830, l'aspect commercial et privé des relations de la Régence d'Alger avec les autres puissances. Ces relations pouvaient aussi prendre un aspect officiel de nature non moins particulière. Parfois, les grands vaisseaux du roi, qui portaient dans leurs architectures quelque chose de la majesté de Versailles, apparaissaient en vue d'Alger pour appuyer la mission d'un envoyé extraordinaire ou pour remettre au Dey un ultimatum. Les galères rangeaient à bonne portée les galiottes à bombes ; c'étaient de furieuses canonnades. Le Dey faisait mettre au canon ou jeter en prison le Consul de France. Régulièrement, la paix était signée pour cent ans et la piraterie reprenait dans l'année. Elle était le gagne-pain des Barbaresques, et compter les y voir renoncer de bon gré était une curieuse illusion. Pour que les relations maritimes avec la Régence d'Alger se déroulent sur le plan des transactions normales, il fallut, après trois siècles, se convaincre que le seul moyen d'en finir était qu'une nation eût la volonté et la force de détruire la puissance turque à Alger et de s'y installer pour toujours.
Le Gouvernement de Charles X ne s'y résolut toutefois que forcé par l'entêtement du Dey Hussein. Entre l'entrevue du 29 avril 1827, au cours de laquelle le Dey frappa de son chasse-mouches le Consul de France, et le moment où l'expédition fut décidée, il s'écoula trente-trois mois qui se passèrent en tergiversations, en un blocus coûteux et inutile, en démarches tentées pour que Dey voulut bien donner aux griefs du Gouvernement français une satisfaction que le désir de conciliation de celui-ci avait fini par réduire à quasi rien. Le Dey, ne voyant là qu'une preuve de faiblesse, son intransigeance s'accrut d'autant. Il fallut qu'un vaisseau français couvert par le pavillon parlementaire fut canonné par les batteries turques pour que le Cabinet Polignac se trouvât amené, afin d'en finir avec cette situation sans issue, à expulser d'Alger le Dey Hussein. Encore fut-il question de charger de ce soin le pacha d'Egypte, Méhémet Ali.
L'expédition de 1830 est une des entreprises les plus réussies de l'Histoire. Trois mois furent à peine nécessaires pour que fut rassemblée à Toulon une flotte composée de 14 vaisseaux de ligne, 21 frégates, 14 corvettes, 33 bricks, 6 goélettes, 8 bombardes, 10 gabarres, 7 bateaux à vapeur, soit : 103 navires de guerre et près de 700 bâtiments de commerce, prêts à transporter en Afrique plus de 37 000 hommes, près de 4 000 chevaux, avec le matériel les munitions et les approvisionnements. Tandis que dans les ports de France on travaillait nuit et jour, des agents du Gouvernement et du munitionnaire général Seillière affrétaient des bâtiments de transport en Espagne, en Italie et en Autriche. On avait fait appel à l'expérience des marins provençaux ou étrangers qui avaient été captifs à Alger.Aussitôt les transports arrivés à Toulon, l'embarquement des approvisionnements commençait. Il n'y eut ni à-coups, ni retards. Les bateaux portaient des flammes de couleurs différentes et des numéros de grandes dimensions qui permettaient de les reconnaître à distance. Ainsi, les ballots passaient directement des voitures qui les avaient transportés à bord des bâtiments destinés à les recevoir.

Cette expédition fut à la fois une croisade, une aventure, une partie de plaisir. La France s'était réveillée au son de la trompette. Des officiers proposèrent, pour partir, de rendre leurs galons ou de faire la campagne à leurs frais. Le côté pittoresque de cette guerre, le renom d'imprenable jusque-là mérité par Alger, le lointain de ses rivages mal connus, l'illusion orientale des palais et des harems agirent sur les imaginations. La liste des officiers à la suite du quartier général était composée des noms des plus anciennes familles de France.

L'attirance ne fut pas moins grande sur les artistes. A côté des peintres officiels de la Marine, Gilbert et Tanneur, de jeunes artistes : Gudin, Eugène Isabey, Waschmut, Fournier de Berville suivirent l'expédition.

Dans les rangs de l'armée et de la flotte, les artistes ne manquaient pas non plus :les officiers d'Etat-Major Jean-Charles Langlois et Tancrède de Labouère, les lieutenants de Longuemar, du 2e de marche ; Dumoulin, du génie ; le capitaine de vaisseau de Villeneuve -Bargemont, commandant la "Didon", d'autres encore.
Mais les oeuvres que ces divers artistes ont réalisées d'après leurs croquis de campagne sont peu nombreuses. Le théâtre était représenté par le Contrôleur et le Directeur de la Porte Saint-Martin. Le premier, Colombon, eut le titre de Directeur de l'imprimerie de l'Armée. L'autre, Jean-Toussaint Merle, suivit l'expédition comme secrétaire bénévole du général en chef. Il imprima, à Sidi-Ferruch, un journal : I"'Estafette d'Alger" qui eut deux numéros et qui est le premier spécimen de la presse algéricnne.

"Tous les arts et toute la magnificence du siècle nous accompagnaient en Afrique", écrit l'académicien Michaud, de passage à Marseille. Un restaurateur de Nantes, Hennequir, avait frété un brick chargé des comestibles les plus recherchés et des meilleurs vins qu'il vendit fort bien au camp de Sidi-Ferruch. Cela donna naissance, à Marseille, à un projet d'hôtel flottant muni de tout le confort de l'époque et où les passagers pourraient assister à leur aise aux opérations du débarquement et du siège, le tout pour treize francs par jour. Ce projet rejoint dans le folklore marseillais celui d'un paquebot qui, en 1817, aurait fait quatre fois par an la traversée de France à Alger par les soins de l'amateur Isaac Tama et du médecin homme d'affaires François Maurin, préalablement commandités par le Consulat de France à Alger.
Le 3 mai, des salves d'artillerie annoncèrent l'arrivée à Toulon du Duc d'Angoulème. Le canot royal, suivi par de nombreuses embarcations, se dirigea vers les navires de guerre tonnants et pavoisés. Les matelots, debout sur les vergues, criaient : "Vive le Roi !" "La rade, écrit un témoin, ressemblait à une grande prairie émaillée de fleurs, se balançant en guirlandes de toutes couleurs."
L'embarquement des troupes eut lieu du 11 au 16 mai. Des fenêtres du quai, qui étaient pavoisées de femmes, s'étendaient, à droite et à gauche, les masses luisantes des fusils et, comme des plaines mouvantes, les pompons jaunes et rouges colorés par le soleil. On entendait les roulements des tambours, les bruits des fanfares, les chants des soldats.
------Le 25 mai au matin, le vent étant devenu favorable, le vaisseau-amiral se couvrit de signaux. Le vice amiral Duperré avait arboré son pavillon sur la "Provence", le même qui, l'année précédente, avait été canonné, quoique battant pavillon parlementaire. Le convoi, composé de 350 bâtiments de commerce escortés par douze bâtiments légers et portant une partie du matériel et les approvisionnements, alla se former, à l'abri du Cap Cépet,sous les ordres du capitaine de vaisseau Hugon. Puis les trente-cinq bâtiments de l'escadre de réserve (capitaine de vaisseau Lemoine), l'escadre de débarquement (dix-sept vaisseaux) sous les ordres du capitaine de vaisseau Dubreuil, l'escadre de bataille (17 vaisseaux de ligne) avec l'amiralissime, le contre-amiral Ducamp de Rosamet, commandant en second, le contre-amiral Mollet, major général, prirent le large.
Les hauteurs qui dominent la rade étaient couvertes d'une foule bariolée qui agitait mouchoirs et chapeaux, saluant de ses acclamations la flotte la plus considérable qui fût sortie d'un port français. Des navires qui s'éloignaient, les musiques des dix-huit régiments d'infanterie répondaient à ces vivats.

A la nuit tombante, l'armée navale était complètement formée, les commandants de chaque division marchant en tête avec un fanal au grand mât. Le lendemain, la flotte apparut en bon ordre, naviguant sur quatre immenses colonnes formant, dans la mer, autant de sillages d'une blancheur éblouissante qui se perdaient à l'infini : l'escadre de bataille, flanquée, à gauche, par le convoi, à droite par les escadres de débarquement et de réserve. Chaque vaisseau ne pouvait conserver son rang dans la colonne qu'à la condition de manoeuvrer continuellement. Il devait tantôt forcer, tantôt diminuer les voiles. Les frégates et les bâtiments légers semblaient avoir peine à retenir leur élan, tandis que les vaisseaux à deux ou trois ponts s'avançaient avec une pesante régularité. Au milieu, les bateaux à vapeur allaient et venaient en tous sens pour porter les ordres de l'Amiral. L'un d'eux, le "Sphinx", avec ses 120 chevaux, passaient pour le chef-d'oeuvre du genre.

Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans les détails de la navigation. Le 14 juin, au petit jour, la première division de l'armée est mise à terre. Le débarquement du reste des troupes et du matériel se poursuit rapidement malgré la tempête du 16. Les 1er et 3 juillet, la flotte canonne les batteries échelonnées de la Pointe- Pescade au môle d'Alger : simple démonstration à effet moral. Le 4 juillet, l'armée bombarde le Fort l'Empereur qui saute. Le lendemain, le Dey Hussein accepte l'ultimatum du Général de Bourmont. La Méditerranée est libérée de la piraterie.

Les relations d'Alger avec le monde s'établissent sur le plan de la civilisation. On songe au mot de Corneille : "Un grand destin commence".

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Ci-dessous, vous trouverez un récapitulatif daté, causes, déroulement, conséquences de l'histoire d'Alger, ainsi qu'une analyse sur ce que l'on peut aujourd'hui qualifier de drame, commentaires de Toufik Bakhti.

- En 1796
, BACRI et BUSNACH, négociants israélites d' Alger fournissent du blé au DIRECTOIRE, mais ils ne sont pas payés.
- Le DEY leur ayant avancé, pour cette transaction, les fonds nécessaires, tout se passe comme si le DEY, lui-même, n'avait pas été payé.
- Les rapports entre la FRANCE et la RÉGENCE se détériorent.
- NAPOLÉON envisage de s'emparer d'ALGER.
- En 1808, il envoie en reconnaissance secrète le commandant de Génie BOUTIN.
- NAPOLÉON ne donne pas suite à ce projet.
- Au début du XIXéme, la RÉGENCE connaît des temps difficiles : révoltes, peste et famine. BUSNACH est tué lors d'une émeute antisémite.
- En 1816, le dey OMAR est étranglé er remplacé par ALI KHODJA.
- ALI KHODJA meurt de la peste et HUSSEIN lui succède.
- En 1827, la RÉGENCE perd le gros de sa flotte à NAVARIN.
- LOUIS XVIII apure les comptes avec les héritiers de BACRI et BUSNACH.
- Les créanciers français de BACRI et BUSNACH saisissent les sommes débloquées par le ROI.
- Le DEY, n'étant toujours pas payé, insiste pour que justice lui soit enfin rendue. Il adresse une lettre au ROI CHARLES X, pour réclamer le paiement de la dette. Sa lettre demeure sans réponse.
- Le 29 avril 1817, veille de l' AÏD EL SEGHIR, le Consul DEVAL se rend chez le DEY, comme il le fait chaque année.
- Le ton monte entre les deux hommes, le DEY "donne un coup de CHASSE- MOUCHE" à DEVAL. La FRANCE se trouve offensée.
- Le 16 juin, toute conciliation étant devenue impossible, La ROYALE entame le BLOCUS NAVAL d'ALGER.
- Le BLOCUS du PORT n'étant pas suffisant, le débarquement est envisagé.
- BOUTIN avait tout prévu : le point de débarquement, les effectifs des troupes à mettre à terre, le choix de la saison.
- CHARLES X est hésitant.
- En juillet 1828, PARIS tente une conciliation.
- Le vaisseau, LA PROVENCE, entre dans le port d'ALGER.
- LA BRETONNIERE présente au DEY les exigences de son GOUVERNEMENT.
- Le DEY refuse tout compromis.
- Les BATTERIES TURQUES envoient plus de 80 coups de canons sur LA PROVENCE qui sort du PORT.
- A PARIS, le GOUVERNEMENT est trop divisé pour prendre une décision.
- En été 1829, la crise amène les ULTRAS au pouvoir qui comptent sur cette "NOUVELLE CROISADE" pour gagner les élections, pour retrouver son rang de GRANDE PUISSANCE en EUROPE et pour s'emparer du "TRESOR" pour renflouer les caisses du ROI
- Le "COUP d'  ÉVENTAIL" ne fut , en vérité, qu'un prétexte.
- Le 31 janvier 1830, le CONSEIL des MINISTRES approuve le principe d'une intervention contre ALGER.
- Le MINISTRE de la GUERRE, BOURMONT, a le commandement de l'expédition.
- L' AMIRAL DUPERRÉ est à la tête de la flotte.
- Le 25 mai 1830, 36.450 hommes embarquent, à TOULON, sur 675 bâtiments.
- Le 13 juin, la flotte s'ancre dans la baie à l'ouest de SIDI FERRUCH.
- Le matin du 14 juin, vers 4 heures, les premiers canots accostent.
- Un drapeau blanc est hissé sur la tour de la TORRE CHICA.
- Le soir du 14 juin, la presqu'île de SIDI FERRUCH est prise. La résistance a été faible. Les FRANCAIS ont peu de pertes humaines.
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le 19 juin
, bataille de STAOUELI
- Le 4 juillet, attaque de FORT L' EMPEREUR
- Le 5 juillet, entrée de l'armée française dans ALGER
- Une CONVENTION est signée entre le DEY et BOURMONT
- Le 16 août, le drapeau tricolore est hissé partout à ALGER à la place du drapeau blanc.

 Les manifestations de la guerre totale menée par l'administration coloniale française étaient présentes sous toutes leurs formes, allant de l'extermination de l'élément humain, l'anéantissement de tous les repères arabomusulmans de la société algérienne, à travers la destruction des institutions religieuses et culturelles, les expéditions militaires sans merci contre les tribus qui rejetaient la colonisation et toutes les actions répressives qui en découlent telles que le bannissement, la déportation, le déplacement des populations et l'emprisonnement.

Les dirigeants et gouverneurs français, aussi bien militaires que civils, qui avaient pris en charge l'administration des affaires de l'Algérie furent l'instrument efficace pour l'exécution de cette politique barbare, mettant en oeuvre toutes leurs énergies pour asseoir l'occupation et renforcer ses bases

 Dans l'un de ses rapports, un des chefs militaires français reconnaît : " Nous avons détruit totalement tous les villages, les arbres, les champs et les pertes occasionnées par nos troupes à ces populations sont inestimables. Si certains se demandent,  si nous avons bien ou mal agi,  je leur répondrais que c'est là l'unique méthode pour soumettre les habitants et les pousser à partir "

Le Général Bugeaud a justifié le non respect par l'armée française des règles humanitaires dans ses rapports avec les Algériens par le fait que le respect de celles-ci aurait retardé l'opération d'occupation de l'Algérie. Ceci constitue une reconnaissance explicite de la pratique par l'armée française de l'extermination, de la rapine, de la destruction et le déplacement des populations à l'égard des Algériens.

Il ne fait aucun doute que cet esprit militaire régnant au sein de l'armée française a été dominé par des tendances agressives sauvages à tel point qu'il ne faut guère s'étonner de cette appellation officieuse donnée par le commandant Montignac à ses soldats, à savoir les fantassins de la mort, de même qu'il ne faut pas s'étonner de constater que les officiers supérieurs et les historiens attribuent le nom de colonnes infernales aux colonnes de la destruction que Bugeaud avait fait sévir en Algérie.

Il n'est pas surprenant que Saint Arnaud se soit glorifié dans ses correspondances d'avoir rayé de la carte de nombreux villages et érigé sur son chemin des montagnes de cadavres. Lorsque le Général Bugeaud fut interpellé par le Parlement français à propos des crimes commis par ses officiers et soldats en Algérie, il répondit à son ministre de la guerre en disant : «Et moi, je considère que le respect des règles humanitaires fera que la guerre en Afrique risque de se prolonger indéfiniment ».

Cela avait débuté par le massacre de Blida à lépoque du Général Clauzel puis le massacre dEl Ouffia à lépoque du Duc de Rovigo qui dévoila la nature du génocide collectif adopté comme méthode politique par la France en Algérie.

Cela fut suivi par dautres massacres dont le plus célèbre fut celui de la grotte des Frachich , commis par le colonel Pélissier , sans parler de ce qui a été commis par le criminel Cavaignac contre les tribus du Chélif où il

 appliqua une méthode comparable à l'exécution par asphyxie. Ce fut le massacre des tribus de Sébiâa.

L'opération d'extermination de l'élément humain ne sest pas limitée à une région précise en Algérie mais devint la distraction favorite de tout dirigeant militaire français chargé détendre l'influence de la France ou de propager son message civilisationnel

 Le traité de reddition conclu le 5 juillet 1830 entre le Comte De Bourmont , commandant de  l'armée française d'occupation et le régent d'Alger le Dey Hussein n'était en fait que la soumission du faible au plus fort et du vaincu au vainqueur.
Bien que l'article 5 du traité stipule la non atteinte à la religion musulmane, ni aux biens du peuple algérien, ni à leurs commerces ou industries, les biens privés n'échappèrent pas au pillage et à la rapine. Les troupes d'occupation, aussi bien les officiers que les soldats, entreprirent de chasser les habitants de la Casbah où se situait le siège du Dey et commencèrent à creuser le sol dans l'espoir de découvrir les trésors enfouis de l'Algérie. Les murs d'enceinte furent également détruits dans le même objectif, de même que les particuliers furent contraints d'abandonner leurs biens et leurs demeures, craignant pour leurs vies, ainsi qu'en témoigne Hamdan Khodja lui-même. En outre, des terres et des maisons relevant des biens privés furent accaparés par l'autorité d'occupation. C'est ainsi que plus de 168 mille hectares furent confisqués pour la seule région d'Alger, auxquels il faut ajouter l'opération de regroupement des tribus expropriées de leurs terres dans le cadre dune loi promulguée par le Gouverneur Général
Randon dont l'application débuta en 1863.
Selon le témoignage de
Hamdan Khodja, les notables d'Alger furent contraints de quitter la ville laissant leurs biens en proie au pillage, ce qui a eu une influence négative sur les couches démunies qui se sont révoltées contre cette politique. Les soldats de l'ennemi ont également pris possession des meubles, notamment les armes incrustées d'or, d'argent ou de pierres précieuses. Parmi les demeures qui furent l'objet de pillage, il y eut celle de Hamdan Khodja lui-même .Toutes les demeures situées à Alger destinées à la villégiature furent également accaparées.
Les propriétaires des biens privés réquisitionnés par la force ne reçurent aucune indemnisation. Bien plus, les biens étaient soumis à la destruction au vu et au su des propriétaires. Ainsi, les portes étaient cassées pour être brûlées et les clôtures métalliques arrachées pour être vendues. Les sols quant à eux étaient creusés à la recherche de trésors mythiques.
Si les biens privés à l'intérieur de la Capitale furent en butte à la destruction, les environs d'Alger connurent le même sort. Ainsi les officiers supérieurs rivalisaient pour s'accaparer les plus belles demeures et jardins qu'ils entreprenaient de détruire après y avoir séjourné.
D'autre part, les locaux commerciaux furent enlevés aux Algériens pour être remis aux juifs prioritairement.
Genty de Bussy  a exprimé cette politique par ces propos : « 
Nous avons pris l'Algérie ; nous en sommes les propriétaires sans partage et nous y ferons tout ce qui nous plaira à travers sa destruction ou autre »
Un rapport français publié en 1833 a confirmé cette politique basée sur la destruction et le pillage. On peut notamment y lire : « 
Nous avons détruit et été injustes envers des populations auxquelles nous avions promis le respect nous avons accaparé leurs biens privés sans indemnisation. ». Cette voie a été suivie par Bugeaud pour l'exécution de son plan incluant plusieurs méthodes infernales parmi lesquelles la dévastation totale des villages habités par les autochtones, la destruction des institutions religieuses et leur vente aux colons européens qui les ont démolies pour ériger d'autres constructions à leur place.
La confiscation des biens privés avait causé des préjudices considérables à leurs propriétaires et selon le témoignage de lun des français, M. DELSPES : « 
Les indigènes dépouillés de leurs biens sans aucune indemnisation se sont retrouvés dans un tel état de misère qu'ils étaient contraints de mendier »
Même l'artisanat qui était pourtant conscrit à un nombre limité d'Algérois fut anéanti et n'eut plus aucune existence. Les biens publics constitués par le legs laissé derrière lui par le Dey Hussein et en premier lieu les fonds algériens déposés au Trésor public estimés à 50 millions de dollars, furent accaparés par les autorités d'occupation qui se les sont appropriés.
Il en fut de même pour les biens religieux
waqf
qui furent confisqués en vertu de la décision du 8 septembre 1830 laquelle fut suivie par une deuxième décision le 7 décembre 1830 autorisant le gouverneur général à disposer même des biens religieux en les louant ou les donnant en location.
Aux termes de ces deux décisions eut lieu la nationalisation des biens publics qui furent, par la suite, mis à la disposition des colons vu que l'administration française leur avait vendu, en matière de biens
waqf, pour l'équivalent de 4495839 Francs. La destruction s'est par la suite étendue à toutes les grandes villes où les troupes d'occupation ne se sont pas contentées de couper les arbres mais ont troué les conduites d'eau et détruit les canaux d'irrigation. Parallèlement les noms des rues furent changés et les marchés existant à l'époque détruits et transformés en places publiques. De même, de nombreuses maisons furent démolies à Alger pour réaliser la place du Gouvernement. Ces biens furent transformés en cabarets, lieux de culte ou cafés à la française.
Dans ce domaine, et selon des sources françaises concernant les biens de manière générale, le Docteur Sâadallah a relevé ce qui suit :

- Les biens de l'état (beylik) estimés à 5000 propriétés et qui comprenaient diverses installations parmi lesquelles des casernes, des bâtiments officiels, des biens des gouvernants, ministres et hauts fonctionnaires dans le gouvernement algérien ont été affectés à l'administration coloniale.

- Les biens de beyt el mel (Trésor public) à savoir les biens saisis et versés au Trésor parmi les et pour lesquels il n'y avait pas d'héritiers ;

- Les biens privés constitués par de nombreux biens immobiliers;

- Les biens religieux (waqf) en dépit de leur statut de biens publics étaient de diverses sortes :

            - les biens waqf à la Mecque et Médine, nombreux et très riches

            - les biens appartenant aux mosquées

            - les biens des zaouias (confréries) et des mausolées

- les biens waqf en Andalousie, les biens des nobles, les biens waqf des janissaires et les biens waqf en voie publique et enfin les biens waqf en sources d'eau.

Les institutions culturelles et religieuses firent également l'objet de destruction et ce dans le cadre dune politique coloniale s'inscrivant elle-même dans une guerre totale. L'administration coloniale avait mis l'accent sur la démolition des établissements religieux, et en premier lieu les mosquées, les écoles et les zaouias, en raison du rôle quelles pouvaient jouer dans la préservation des valeurs du peuple algérien et son appartenance à la civilisation arabomusulmane. Cette politique eut pour résultat la détérioration de la culture et du niveau de  l'enseignement dans la société algérienne, contribuant au renforcement de la position de l'administration coloniale et des colons.

Parmi ces institutions, nous citerons les mosquées comme exemple de la barbarie française. Avant l'occupation française, la ville d'Alger, regroupait à elle seule 176 mosquées. En 1899, il n'en restait plus que cinq(05). Parmi les mosquées les plus importantes profanées par le colonialisme, nous citerons :

-         La mosquée de la Casbah transformée en Eglise de la Sainte Croix

-         La mosquée Ali Betchine transformée en Eglise de la Sainte Victoire

-         La mosquée Ketchaoua transformée en église après que l'armée française ait décimé les 4000 fidèles qui si étaient réfugiés. Et la liste est longue.

Il en fut de même dans le reste des villes algériennes : les zaouias connurent le même sort que les mosquées et furent l'objet de démolition, de cession ou de transformation.

Selon les statistiques françaises, 349 zaouias furent détruites ou accaparées. Parmi celles qui ont disparu du fait de cette politique, celles del kachach, al sabaghin, al mekyasin et Chaberlya.

Réalisant le danger que constituait l'enseignement en langue arabe, les politiciens français sen prirent aux établissements qui le dispensaient et le financement constitué par les recettes des biens waqf fut interrompu. 

Les écoles ou médrasas subirent également le même sort, telles la médersa de Djamaâ Kébir (la Grande Mosquée) et la médersa de la mosquée al sayyeda.

Dans la ville de Annaba, il y avait, avant l'occupation, 39 écoles en plus de celles qui relevaient des mosquées. Il n'en resta plus que 3.

Dans un rapport adressé à Napoléon III, lun des généraux français a résumé la détermination de l'administration française à combattre les institutions culturelles algériennes en disant : « Nous sommes tenus  de créer des entraves aux écoles musulmanes chaque fois que nous le pouvons en d'autres termes, notre objectif doit être de détruire le peuple algérien matériellement et moralement ».
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Pour résumer et comprendre la conquête de l'Algérie en 1830

Qu'est ce que la Numidie   en latin   Numidia :  

Région de l'Afrique du Nord s'étendant entre les fleuves Moulouya à l'Ouest et Rummel à l'Est.
   

Peuplée de Berbères semi-nomades, les Numides,   la Numidie   était divisée,   au III siècle av. J-C,
entre le royaume   des Masaesyles   à l' ouest et celui   des Massyles   à l'est.

Le souverain de ce dernier,   Masinissa,  parvint à unifier la Numidie, grâce au soutien de Rome.
Mais, à sa mort en 148 av. J-C, le pays fut à nouveau partagé avant qu'un de ses descendants,
Jugurtha,  ne parvienne à reconstituer le royaume.   Il résista aux visées romaines entre 113 et 105,  mais dut s'incliner devant les légions de Marius.
   

La partie occidentale de la Numidie fut alors attribuée à   la Mauritanie,   l'Est devenant autonome, avant de former la province romaine   d'Africa Nova,   qui sera unie à la région de Carthage pour former une province sénatoriale (27 av. J-C).
   

Redevenu indépendant sous   Septime Sévère  (fin du II siècle apr. J-C),   le territoire connut un grand essor agricole et urbain.
   

Au milieu du V siècle,  elle tomba aux mains des Vandales,  puis fut occupée par les armées de   Justinien   au milieu du VI siècle et divisée en quatre parties,   avant d'être conquise par les Arabes à la fin du VII siècle.


La régence d' Alger en 1829
L'Algérie est un pays languissant et retardataire . . . . . Pourquoi ?
Elle est exploitée par les turcs ;. Représentés par le Dey et les Beys, qui s'appuient sur quelques villes occupées par les garnisons de janissaires et sur quelques tribus privilégies.
Les tribus sujettes, qui doivent payer un impôt très lourd et n'ont pas le droit de porter les armes, ne songent qu' à se soulever.
   
Elle est pauvre.
Peu peuplée, décimée par les famines périodiques, elle a peu de régions fertiles   :
La Mitidja  même comporte des zones marécageuses. L'élevage est primitif et les tribus l'abandonnent dés que menace la guerre intérieure.
L'industrie extractive se réduit presque à la production du sel.   Les industrie artisanales (bracelets, tissus, tapis) subissent la concurrence des produits tunisiens, marocains ou européens.  
Le commerce est aux mains des étrangers.   Les marchandises sont achetées à bas prix aux fellahs (paysans), qui continuent ainsi à s'appauvrir.   La Régence apparaît donc comme un petit état vulnérable.  

La prise d' Alger en 1830.
Commandée par le ministre de la guerre en personne,  le général de Bourmont :  
L'expédition forte de 37.612 hommes quitte Toulon le 17 mai 1830 pour Palma,
Le corps expéditionnaire était composé de :
 
L'infanterie était répartie en trois divisions :  
La lère, division  Berthezène  (brigades Poret de Morvan,  Achard  et  Clouet),  

La 2e, division  Loverdo  (brigades Damrémont,  Monck d'Uzer  et   Colomb d'Arcine),  

La 3e, division  du duc des Cars   (brigades Bertier,  Hurel  et  de Montlivault).  

La cavalerie était constituée par :  

un régiment de chasseurs d'Afrique formé de deux escadrons du 17ème et d'un du 13ème chasseurs.

L'artillerie, commandée par   Lahitte,  comprenait :  

5 batteries de campagne.  

10 batteries de siège, avec 2.300 artilleurs.
Le génie commandée par   Valazé,  fort de 1.300 hommes, comprenait :
deux compagnies de mineurs, six de sapeurs et un demi-train du génie.  

Les fonctions de chef d'état-major étaient remplies par le lieutenant-général Desprez, celles de sous-chef par le maréchal de camp Tholozé.  

L'intendance, dirigée par l'intendant-général Denniée.  

 
Le 25 mai, enfin, la flotte mit à la voile.   Elle arriva en vue d'Alger le 31 Mai 1830.  

Elle séjourna sur rade jusqu'au 14 juin 1830.
  Tandis que les Turcs cherchaient à accroître leurs forces en appelant aux armes toute la population de la Régence,  en essayant d'entraîner  le bey de Tunis,  qui ne se prononça pas contre nous, et   le bey de Tripoli,  qui parla de faire prêcher  la guerre sainte dans les mosquées.

Hussein pacha le Dey d' Alger,  dispossait de :

    - 5.000 janissaires,  

    - 5.000 Coulouglis,  

    - 10.000 Maures algériens,  

    - 30.000 Arabes des beyliks du Tittery,  d'Oran   et de   Constantine,  commandés par l'Agha Ibrahim.

Le 14 juin, à 4 heures du matin, l'opération commença.
 
Le point choisi était la baie de Sidi-Ferruch,  à 25 kilomètres à l'Ouest d'Alger. Cette baie présentait une plage de sable d'abord facile,
bordée de batteries de défense et flanquée au Nord-est par la péninsule de Torretta Chica, portant une tour carrée et un fortin.  

En une heure, toute la 1ere division eut débarqué et fut suivie de la seconde.

Le général de Bourmont prit terre à 6 heures 1/2 et ordonna d'enlever les batteries.
Celles-ci, prises sous le feu de l'artillerie navale dès le début de l'opération, tombèrent aux mains de la brigade Poret de Morvan   (3B de ligne, 2e et 4e légers) à 11 heures. En fin de journée, les troupes françaises, qui avaient pris 13 canons et 2 mortiers, occupaient une position en arc de cercle englobant la plage et la presqu'île. Le génie commença la construction d'un camp retranché.
 
Bien qu'il eût hâte d'arriver au but, le général de Bourmont était obligé d'être prudent. Le moindre échec pouvait être fatal.
Il fallait attendre le convoi laissé à Palma et transportant le matériel de siège.  Il n'arriva que le 28 Mai 1830.  (le général de Bourmont s'était plaint de cette lenteur dans une lettre au ministre de la Marine).  

Aussi les premiers bonds en avant eurent-ils lieu sous forme de contre-attaques :

La première fut effectuée le 19 juin et nous mena au plateau de Staouëli . Les troupes de l'Agha Ibrahim avaient exécuté le 15 quelques attaques du genre de celles de la veille, mais sans plus de succès.
 
Le 19, à la pointe du jour, elles attaquèrent sur tout le front :
 
A l'extrême gauche de notre ligne, les assaillants marquèrent quelques progrès et mirent un moment en péril la brigade Clouet.
Les combattants étant mêlés, les canons de la flotte ne pouvaient intervenir.

C'est alors qu'une brillante contre-attaque de la brigade Cobomb d'Arcine ( 23ème et 29ème de ligne ),  général en tête, rétablit la situation et chasse l'assaillant. L'avance était de quatre kilomètres. Nos pertes se montaient à :    44 tués et 473 blessés.

 

Le 24 juin,  il attaqua de nouveau :
Nos troupes le refoulèrent et,   progressant de huit kilomètres vers l'est, s'arrêtèrent à   Sidi Khalef. Un seul officier fut blessé mortellement : était un des quatre fils du général de Bourmont qui prenaient part à l'expédition.
 
Les 25, 26, 27 et 28 juin se passèrent en attaques incessantes contre nos nouvelles positions encore insuffisamment assises sur le terrain.
L'Agha Ibrahim avait été remplacé à la tête des troupes par le bey du Tittery,  Mustapha Bou Mezrag,  qui passait pour plus énergique.     Il devenait urgent d'en finir.
 
Le 28, le général de Lahitte annonça que son matériel était débarqué et disponible.
Le général de Bourmont  fixa au lendemain l'attaque décisive. Nos troupes occupèrent les hauteurs de la Bouzaréa,     en fin de journée,
elles étaient à portée de canon de  la Casbah   et devant le Fort l'Empereur,   que le troupier, plein de souvenirs récents,   appelait déjà le Fort Napoléon.
La mise en place des batteries commença aussitôt et fut achevée  le 3 juillet 1830    au soir.
Le 4 juillet 1830, le bombardement commença.
A 700 mètres, il fut rapidement efficace. A 8 heures, la forteresse cessa de répondre. Le bombardement continua.
A 10 heures, une formidable explosion se produisit, détruisant la tour centrale et crevant le front nord-ouest.     Les occupants s'étaient repliés sur la ville et avaient fait sauter le magasin à poudre.
Trois compagnies du 25ème de ligne se précipitèrent dans le fort.     Les batteries turques furent immédiatement retournées contre la ville,   et les travaux d'approche vers la Casbah entamés.
Au début de l'après-midi :
un secrétaire du Dey se présentait au Fort l'Empereur pour entrer en négociation. Celle-ci fut menée rapidement, deux essais d'intervention du Consul britannique étant écartés.
Le lendemain 5 juillet,   le Dey acceptait la capitulation, stipulant :
 
La remise aux Français des forts et de la Casbah,
Le respect des richesses personnelles du Dey et la faculté pour lui et les siens de se retirer
où bon lui semblerait,

Les mêmes avantages pour les miliciens turcs,  

Le libre exercice de la religion musulmane pour les indigènes, ainsi que le  « respect de leur liberté, de leurs propriétés, de leur commerce, de leur industrie, de leurs femmes ».

Le jour même, les troupes françaises occupaient les forts et la Casbah.
Le nombre total des tués du corps expéditionnaire depuis le débarquement s'élevait à 415.
 
Le 15 juillet, le  Dey Hussein   s'embarquait pour Naples. Les Janissaires furent transportés en Asie Mineure.

Le régime turc avait cessé d'exister à Alger, entraînant l'effondrement de la Régence, au moment où
s' écroule en France la Monarchie restaurée.

Occupation restreinte  ou   conquête ?  
Pendant dix ans (1830-1840), le gouvernement hésite.
Comment l'expliquer ?

Il faut tenir compte de l'opinion :
- Celle de l' Angleterre fort mécontente de cette ingérence dans sa sphère d'action.
- Louis-Philippe tient à l'amitié anglaise.
- L'incertitude se traduit par les changement fréquent de gouverneurs.
- De 1830 à 1834, on occupe essentiellement les ports de la cote :
  Bône,   Bougie,   Oran,   Mostaganem.
- Le reste du pays est laissé sous le contrôle de princes maghrébins sur lesquels la France   espère exercer une suzeraineté,   mais auxquels elle s’affronte bientôt.


Le 4 janvier 1831 , prise d’Oran.
En Juillet 1830 :
Le fils du   Maréchal de Bourmont débarque à la tête d'une petite troupe, au fort de Mers-el-Kébir.
En Décembre,   le Général Damrémont occupe définitivement Mers-el-Kébir et arrive à Oran par la montagne. Ce n'est que le 4 Janvier 1831 que nos soldats font leur entrée dans Oran.
Les Français se trouvent en présence d'une ville divisée en trois parties distinctes, enfermée dans une seule enceinte flanquée de forts.
En 1832, le recensement effectuait par le commissaire du roi Pujol, indique une population de 3 800 habitants :  

750 européens,

250 musulmans

2 800 israélites.
Malgré une épouvantable épidémie de choléra en 1849, la ville va se développer rapidement. L'entrée des troupes françaises à Oran le 4 janvier 1831 donna le signal d'une période d'anarchie. Le bey d'Oran Hassan, s'était retiré, les tribus de l'intérieur se précipitaient sur les garnisons turques.
C'est exactement trois semaines après,   la prise d'Alger,   le 26 juillet, que   l'Amiral De Rosamel  recevait l'ordre de diriger son escadre sur Bône où elle arrivait le 2 août 1830.
Sans coup férir,   les troupes qu'elle transportait,   et qui étaient commandées par le  Général Damrémont,  occupèrent la ville à la grande satisfaction des habitants tout heureux d'être enfin débarrassés de la domination des Turcs.

Malheureusement,  la Révolution de Juillet qui venait d'éclater à Paris contraignit le  Maréchal de Bourmont à rassembler tous ses effectifs en Alger, afin de les tenir prêts à intervenir, si cela était nécessaire en France.
Les troupes du  Général Damrémont abandonnèrent donc, dès  le 21 août 1830,  la ville où elles venaient à peine de débarquer.

Un an après, sur les instantes prières des notables de la ville de Bône, le  Général Berthézène qui avait succédé au  Maréchal Clauzel, fit occuper à nouveau la ville par une compagnie de  zouaves placée sous le commandement du  Commandant Huder et du  Capitaine Bigot.

Mais la précarité des forces françaises encouragea les adversaires de la France à fomenter des troubles au cours desquels le Capitaine Bigot fut tué. Quelques jours plus tard, le Commandant Huder était lâchement assassiné à son tour.
Le 11 octobre 1831, le reste de l'expédition abandonnait, une seconde fois, la ville et repartait pour Alger.
Alors, les troupes du  Bey de Constantine, commandées par  Agha Benzagouta, tentèrent de s'emparer de Bône.

Les habitants s'opposèrent farouchement au dessein d' Ahmed-Bey.   Celui-ci, exaspéré par cette résistance,   mit à mort  Agha Benzagouta   et le remplaça par  Agha Ali Ben-Aïssa.   il décida de les réduire à la famine et effectua un blocus de la ville.
Cet état de choses durait depuis cinq ou six mois, lorsque le  Général Savary     Duc de Rovigo,   qui avait remplacé le Général Berthezène,   rendu responsable de la mort du Capitaine Bigot et du Commandant Huder, voulut bien envisager une nouvelle expédition sur Bône.
Il décida d'entreprendre, sans plus tarder, les préparatifs d'une intervention militaire pour répondre au vœu des habitants de Bône.     Il lui était cependant, dans le moment absolument impossible, faute d'effectifs suffisants, d'organiser un Corps Expéditionnaire.
Cependant, pour parer au plus pressé, il décida d'envoyer immédiatement à Bône, le Capitaine d'Armandy qui devrait mettre au service d'Ibrahim-Bey sa science et son expérience pour la défense de la ville et à la disposition de la population affamée des vivres et des denrées qu'il transportait avec lui sur la goélette « La Béarnaise », sur laquelle il devait s'embarquer.

Le 23 janvier, « La Béarnaise » quittait donc Alger pour se rendre à Bône ayant à son bord le  Capitaine d'Armandy, le  Capitaine Yusuf et remorquant la felouque « Casauba » chargée de vivres.
Le convoi était commandé par le  lieutenant de vaisseau Freart. Cinq jours après, la goélette mouillait dans la baie des Caroubiers où elle devait demeurer tout un long mois sur ses ancres.
Ben-Aïssa ayant appris la présence des deux officiers français décida alors de brusquer les choses.
Par une nuit sans lune du début de mars,   grâce à la complicité de soldats de la garnison,   il parvint à forcer   la Porte er Rabba,   ou du Marché,   et à faire pénétrer ses troupes dans la ville dont il devint le maître pendant une quinzaine de jours.
Ibrahim demeurait figé dans sa Casbah, refusant toujours obstinément de la livrer.
Le 25 mars,  Ben-Aïssa  déclara que si, dans les quarante-huit heures qui allaient suivre, la citadelle ne s'était pas rendue à lui, il l'enlèverait, coûte que coûte, de gré ou de force.

C'est ainsi que le 27 mars fut choisi pour tenter l'aventure :
Car c'était bien une aventure que les deux officiers allaient courir.     Il leur fallait s'introduire dans la forteresse et en prendre le commandement avant que les troupes de  Ben-Aïssa ne vinssent l'investir et sommer  Ibrahim de se rendre,   ce que celui-ci se serait empressé de faire.  

Le 27 mars, avant l'aube, d'Armandy débarquait avec vingt-six marins de la « Béarnaise » sur la plage.
 
Yusuf avait quitté le bord à deux heures du matin pour aller mettre en place le dispositif qui devait permettre à cette petite troupe de pénétrer furtivement dans la citadelle.     Avec l'aide d'un soldat de la garnison qu'il avait su gagner à sa cause,  une corde à nœuds avait été fixée à une embrasure de fenêtre,   du côté Nord-Est de l'enceinte.
 
D'Armandy et ses marins qui formaient un total de trente et un hommes entreprirent leur glorieuse montée, après une courte pause à  la fontaine du Prisonnier,     la petite troupe parvint sous les murs de la citadelle où Yusuf attendait.  

Immédiatement, les trente et un hommes, s'aidant de la corde à nœuds en place, grimpèrent et pénétrèrent l'un après l'autre, dans la cour intérieure du Fort où ils se rangèrent en bon ordre silencieusement.
Puis, lorsqu'ils furent tous rassemblés et bien alignés sur deux rangs, Yusuf alerta la garnison qui dormait encore.
Les soldats Turcs, pourtant quatre fois plus nombreux, furent littéralement affolés en voyant ces occupants inattendus, si calmes et si décidés. Ils n'esquissèrent pas le plus petit mouvement de défense ou de révolte. Yusuf profita de leur complet ahurissement pour s'imposer à eux :  

Leur parlant dans leur langue, il leur commanda de se mettre en rang,
face aux marins de « La Béarnaise ».  

Il leur dit que désormais la Casbah était française,  

Qu'on allait y arborer le pavillon français,
que la garnison passait, à compter de ce jour, à la solde de la France.
 
L'Enseigne de Cornulier-Lucinière, qui faisait partie de la petite troupe, termine le récit qu'il fit des événements qui viennent d'être résumés, par ces lignes :
«   Nous nous rendîmes au balcon du Pavillon au-dessus de l'unique porte de la Casbah,  le drapeau Turc qui y flottait fut amené et remplacé par celui de la France.     Ce changement fut salué d'un coup de canon à boulet   ».
 

Le boulet de canon qui avait salué le drapeau de la France était passé en sifflant sur la ville pour aller tomber dans le camp des troupes de Ben-Aïssa,   Il avait suffi pour faire comprendre à celui-ci que la situation venait de changer et qu'il devait renoncer à tout espoir de s'emparer de la Casbah et , de garder la ville.

Il décida donc immédiatement de décamper et de se retirer vers Constantine.
Mais avant de partir :

il incendia la ville en grande partie  
- Il fit razzier les troupeaux dans les plaines environnantes par sa cavalerie.  
Le 28 mars, le Capitaine d'Armandy adressa au Général en Chef, Le Duc de Rovigo,
ce simple et noble compte rendu :
«   Général,
    Nous sommes entrés dans la Citadelle de Bône, à la tête de trente marins de « La Béarnaise ».     Nous avons pour auxiliaires cent-trente Turcs, dont un grand nombre nous exècre,     Nous avons pour ennemis, les cinq mille hommes de Ben-Aïssa.
    Mais, nous n'en saurons pas moins conserver la Citadelle à la France, ou y mourir   ».

Le Maréchal Soult,   Ministre de la Guerre,  en annonçant à la Chambre des Députés,   la prise de Bône
avait donc bien raison de dire :
«   C'est le plus beau fait d'armes du siècle   ».

le 29 septembre 1833 , prise de Bougie.
L'expédition de Bougie,   organisée à Toulon,   est partie de ce port le 22 septembre 1833.  
Sous les ordres du général Trézel     et de M. le capitaine de frégate de Perseval,   commandant la flottille.
Elle arriva le 22, à la pointe du jour sur la rade de Bougie :

Le défaut du vent, et la nécessité de ne s'avancer qu'en sondant pour choisir les points d'embossage,

Donnèrent le temps aux habitants de la ville qui occupaient les forts,
et aux Kabaïles des environs, de se préparer à la résistance.
 
Les cinq forts tirèrent presque en même temps sur la flottille.
Mais le feu de nos bâtiments, par sa vigueur et sa précision, eut bientôt éteint presque entièrement
celui des forts.
A dix heures du matin, les troupes furent remorquées sur le rivage, à leur approche, un feu de mousqueterie atteignit les premières chaloupes, plusieurs militaires furent grièvement blessés.

La troupe se dirigea sur le fort d'Abd-el-Kader,
 
Le général Trézel suivait immédiatement les premières chaloupes, pour diriger les colonnes. Mais en prenant la terre, il trouva les troupes déjà lancées par leurs officiers vers une hauteur.
 
Le capitaine Lamoricière déjà engagé, dans les sinuosités qui conduisent à la Casbah et au fort Moussa.
 
Le général Trézel monta vers ce dernier fort qui domine toute la ville, et dont la possession était extrêmement urgente, avec les premières troupes qui débarquèrent après lui.

Au moment où il y parvint, les capitaines Lamoricière et Saint Germain s'en étaient déjà emparés. Le soir, on comptait une vingtaine d'hommes tués et environ 50 blessés.

Le 30 septembre 1833.
A la pointe du jour, le général Trézel visita les postes de la partie gauche, inquiétés par les Kabaïles embusqués dans quelques groupes de maisons, il les fit renforcer par une pièce d'artillerie du fort Moussa.. Cette pièce, escortée par une compagnie d'infanterie, fût arrêtée un moment par le feu des Kabaïles, mais le capitaine Gibert courut sur l'ennemi avec une partie de sa compagnie, le mit en fuite.
Des chaloupes furent employées à balayer la côte de l'ouest, par laquelle arrivaient continuellement des combattants Kabaïles qui avaient établi un camp près d'une tour en pierre, située à une demi-lieue de distance de la ville.

Le 1er octobre 1833.
Dans la matinée, les Kabaïles firent une attaque fort vive sur les parties faibles de nos positions.
Le général Trézel s'y porta sur le champ,  et ordonna de faire sortir du fort Moussa une colonne  qui prit l'ennemi à revers.   Une deuxieme colonne se posta vers la tête du grand ravin qui coupe la ville en deux.   Le capitaine Lamoricière parvint à s'emparer,   avec ses deux compagnies,   d'un marabout situé
à la tête du ravin.

Malgré le feu de l'artillerie de la Casbah, du fort Moussa et d'une batterie de deux obusiers de montagne  les Kabaïles maintenaient jusqu'à ce qu'on les eût atteints ou dépassés.  Leur perte a été considérable, à en juger par le nombre des leurs restés sur la place,
ils ont dû avoir 200 morts et au moins autant de blessés.  Les combattants étaient fournis par huit tribus, savoir :
 
Mazeya,   Toudja,   Beni-lsmaël,   Kebouch,   Ouled-Amzalis,   Fenaya et   Bakorn.

La marine a combattu avec les troupes de terre.  
Nous avons à regretter dans ce combat,  six hommes tués et 43 blessés,   parmi lesquels
trois officiers, MM. Amiot, Vuillet, Poncet.
Le général Trézel a été atteint d'une balle à la jambe,   mais assez légèrement pour avoir pu continuer  de monter et descendre les hauteurs sur lesquelles l'action s'est passée.

Le 2 octobre 1833.
Les Kabaïles avaient conservé leur position près de la tour en pierre, à demi-lieue de la ville.
 
Le colonel Petit-d'Auterive s'établit dans la nuit,   avec ses troupes dans les ruines
de l'ancienne enceinte de la place.  
Le capitaine de Lamoricière fit exécuter par un détachement de sapeurs,   les ouvrages
nécessaires à la défense.     Cela fut fait avec tant de diligence que, dès le matin,   tout le monde
était à couvert,   et que l'ennemi ne pouvait plus franchir les ruines.  
L'artillerie fit également,   dans la nuit,   un bon retranchement pour défiler la batterie de  la hauteur de Bridja, de la vue que l'ennemi conservait sur ce point.
Les Kabaïles ne revinrent pas en aussi grand nombre ni avec la même fureur que la veille. Ils étaient environ 1.500 à 2.000 hommes.
Ils se bornèrent à entretenir un feu de mousqueterie des points où ils se trouvaient encore en sûreté, et d'où ils découvraient nos batteries et nos postes.
 
Vers sept heures du matin,   les Kabaïles   ayant tiré quelques coups de canon de la batterie dite   :
Borje-el-Hommar, située au nord-est et à l'extrémité de la ville.
 
On les en délogea.
Le général Trézel envoya une vingtaine de marins achever d'enclouer ou de jeter en bas les deux pièces qui étaient restées sur ce point, une heure après, ils étaient rentrés ayant exécuté cet ordre.  

Le capitaine de Lamoricière et le lieutenant du génie Mangin poussent les ouvrages de défense du côté de l'ouest.
 
Dès lors tout espoir de rentrer à Bougie est enlevé aux Kabaïles, qui tenaient cette ville sous leur rude domination.

Ainsi se trouve assurée la conquête de ce point important, comme débouché de commerce intermédiaire entre Bône et Alger, et comme le meilleur mouillage de la côte d'Afrique.
Le capitaine de frégate de Parseval, commandant la marine de l'expédition, a puissamment contribué a ce brillant succès, par les excellentes dispositions qu'il a prises, et par la coopération de tous ses bâtiments et de leurs équipages. Dubourdieu sur le Cygne se distingue durant l’opération  Malgré la résistance farouche des Kabyles, la ville, attaquée par la mer, est conquise.

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